Nouvelle donne

15 mai 2013 par - économie numérique, diversité culturelle

 

 

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Hormis  ceux ,peu nombreux, qui sachant tout  avaient d'emblée refusé toute discussion, nul ne peut nier le sérieux et la qualité du rapport remis par Pierre Lescure et son équipe à François Hollande et Aurélie Filippetti.

Un travail qui fait suite à de nombreuses auditions et  témoigne d'une faculté d'écoute sans préjugés car personne dans la rencontre entre les technologies numériques et la création ne peut prétendre détenir les solutions ultimes qui permettront de sortir d'une confrontation stérile.

La conviction profonde de Pierre Lescure est qu'il ne peut y avoir d'affrontement entre les créateurs et le public.

La nouvelle donne est une opportunité pour la production et la diffusion des œuvres dès lors que sont mis en place les outils de régulation adaptés à cet environnement.

La concrétisation de l'acte 2 de l'exception culturelle nécessite au préalable que soient fermement rejetées les propositions affairistes et hypocrites de la Commission européenne qui  voulant mélanger culture et commerce au mépris de tout ses engagements démontre une nouvelle fois qu'elle n'est pas  à la hauteur des enjeux du XXI ème siècle.

L'exception culturelle qui n'est pas une exception française doit être respectée et ne doit pas être négociée car l'Europe s'y est engagée en ratifiant avec une rare unanimité la convention de l'Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles

Elle nécessite également que chacun prenne conscience qu'il n'est plus tolérable de laisser le champ libre à la tricherie fiscale qui permet à certaines sociétés d'entasser dans des paradis fiscaux des sommes colossales dont la perte pour les budgets publics doit ensuite être compensée par un surplus d'impôts pour ceux qui les paient.

La faillite de la commission est de n'avoir rien vu venir et de préparer un effondrement des systèmes de soutien à la culture en empêchant les politiques réactives.

Le rapport de Pierre Lescure est au contraire un appel à l'action,  car il n'y a pas de fatalité et chaque pays européen dispose de fortes ressources créatives qui ne demandent qu'à s'exprimer.

Il propose de redonner de la valeur au plus important les œuvres que nous pouvons produire alors que les matériels sont quasiment tous importés de pays qui ne respectent ni nos normes sociales ni nos normes environnementales.

Il propose de respecter la propriété intellectuelle, mais dans un contexte consensuel dépassant les débats parfois hystériques qui avaient marqué l'adoption des lois DADVSI et Création et Internet.

Il propose surtout un choc de l'offre légale pour adapter des règles du jeu souvent nécessaires au développement de la création à des technologies qui en ont rendu certaines totalement obsolètes voire contre productives.

Bien sur chacun trouvera matière à louer et à critiquer voyant et c'est normal midi à sa porte .

L'enjeu de demain pour notre pays et pour l'Europe est de conserver les politiques de soutien à la culture et de les adapter à des évolutions qui rendent l'action politique plus complexe car nécessitant souvent un consensus international.

Le rapport Lescure est la première et importante étape de cette nouvelle donne créative.

 

 

Commentaires (5)

 

  1. DM dit :

    Nous pouvons également saluer le simple fait que ce rapport soit rendu public !

  2. DM dit :

    Vous évoquez les débats « parfois hystériques » autour de DADVSI.

    Pour ma part (je vous avais d’ailleurs rencontré, à l’époque), si je déplore comme vous l’agitation pas toujours très bien informée qui régnait de toute part à l’époque, je pense que l’on aurait pu s’épargner bien des peines et incompréhensions si certains ne s’étaient pas jetés dans les bras des marchands de solutions miracles (les dispositifs anti-copie « DRM », puis les « radars » à traquer le p2p, puis ensuite les dispositifs de « filtrage »…).

    À ma connaissance, ces fournisseurs de solutions techniques ne valent pas mieux que les grandes entreprises de l’Internet que vous pourfendez. Je vous laisse réfléchir, par exemple, à ce que serait le cinéma si certains films étaient diffusés en exclusivité par tel grand industriel produisant un système DRM, imposant l’usage de matériels et de logiciels validés ou vendus par ce même industriel (avec poursuites pénales pour les producteurs de systèmes compatibles, au motif que ceux-ci contournent la protection). Heureusement qu’il y avait les défenseurs du logiciel libre pour mettre en garde sur ce point (ce qu’il leur a valu de se faire copieusement conspuer par ceux qui ne réfléchissaient pas plus loin que le bout de leur nez).

    Je vous rappelle qu’on a par exemple entendu des artistes (par exemple, le chanteur du groupe Kyo) expliquer savamment qu’on pouvait bien filtrer le piratage, puisqu’en Chine, ils filtrent bien Internet. Le simple fait que l’on ait jugé approprié de comparer les méthodes et l’indifférence aux effets secondaires d’un régime autoritaire et d’une démocratie où les libertés sont garanties montre bien que le débat était vicié.

  3. Toto dit :

    Ce rapport est en effet plutôt meilleur que les précédents épisodes, en ce qu’il remet au CSA les clef du controle Hadopiste sur ce mode de diffusion de contenus, évitant un doublon… tout en virant la suspension d’accès internet si innaplicable qu’elle ne l’a a priori jamais été.

    Maintenant, dans un mode ou chacun peut être consommateur et acteur, la mainmise du CSA ne va considérer en pratique que les gros acteurs pour la régulation… et industrialiser l’amende forfaitaire pour tout un chacun tout en négligeant totalement les apports possibles du réseau pour l’auto-edition (face a laquelle les industriels du divertissement sont vent-debout).

    Au final, malgré des progrès on peut parier sur au mieux un statu-quo.

    Je dis « au mieux », car le message envoyé par une nouvelle taxe sur les appareils connectés sera percue comme « légitimant » une nouvelle fois de ne plus acheter ces mêmes contenus par la sensation de payer une sorte de forfait de plus en plus couteux, à tous les additionner (redevance, taxe FAI, taxes copie privée historiquement destinée aux supports réinscriptibles mais touchant dejà la mémoire de masse, taxes sur les appareils…).

    Surtout que le montant de 1€ est annoncé d’entrée comme provisoire, fait inhabituel signant d’entrée les plans de sa rapide explosion!

    Cet effet sera sans doute nuancé par la première amende recue. Mais ensuite?

    Ce sera le retour à l’achat ou bien une plus grande prudence?

    Attention aux effets du nombre (les amendes seront distribuables bien plus massivement): Je parierais plutot sur la 2ème solution, via l’adoption massive de contre-mesures (en fait déjà disponibles, mais demandant encore quelque compétance) qui ne manqueront pas d’être proposées (l’artisanal cédant à l’industriel) vu qu’il parait tout à fait possible d’offrir un service annuel pour le montant d’une seule amende?

  4. Salabreuil dit :

    Si le rapport Lescure permet d’accélérer la mise en place d’une offre légale véritablement attractive, cohérente, à un tarif abordable, tant mieux.
    Tant que les systèmes de téléchargements illégaux permettront d’obtenir plus rapidement films et séries télé, avec un choix colossal et dans une qualité souvent supérieure à ce que propose l’offre légale, les rapports risquent de continuer à s’entasser sur les bureaux des ministres de la culture successifs.
    La meilleure arme contre le piratage, ce n’est pas la répression, vouée d’avance à l’échec, mais bien une offre légale attractive. Je sais que vous êtes d’accord avec ça, mais pourquoi médias et communiqués sur ce type de rapport mettent-ils toujours en avant l’aspect répressif ? Débats et articles vont tourner autour de la fin d’Hadopi dont les pouvoirs vont être transférés au CSA, de la nouvelle riposte graduée, des amendes de 60 euros pouvant être majorées… Rien qui ne fera dresser l’oreille à l’internaute impatient de voir le dernier épisode de Game of Thrones diffusée la veille sur HBO et qui l’attend déjà sur son disque dur, en 1080p, en 5.1 et avec des sous-titres impeccables. Par contre, s’il entendait que se prépare une offre légale qui permet l’accès à des catalogues pour quelques euros…
    Car la gratuité des offres illégales n’est plus leur principal attrait contre lequel on ne peut rien faire, comme vous l’affirmiez il y a quelques années. La donne a changé, et aujourd’hui, pour avoir accès à leurs séries préférées, la plupart des internautes payent un abonnement auprès d’un hébergeur ou d’un débrideur, offrant choix, qualité et rapidité.
    La Guilde Française des Scénaristes a relayé sur sa page cet article frappé au coin du bon sens – je vous invite à le lire si vous ne le connaissez pas :
    http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/05/13/supplie-laissez-payer-series-tele-242277
    Et vous connaissez probablement le blog « J’voulais pas pirater », cité d’ailleurs par le rapport Lescure, et qui relève les innombrables incohérences et absurdités des offres légales actuelles, désespérantes pour le cinéphile comme pour le sériephile français.
    Pourquoi le succès de Netflix n’inspire t-il pas la France ? Une véritable offre illimitée, des catalogues ouverts, pour 6 euros par mois. Résultat : 31 millions d’abonnés. Conséquence : Netflix produit maintenant des oeuvres de fiction. Et du haut de gamme. La série House of Cards, produite par David Fincher (qui a réalisé les deux premiers épisodes!), avec rien moins que Kevin Spacey et Robin Wright au générique, est une des réussites de l’année. Enfin, il paraît, vous pensez bien que je ne l’ai pas encore vue, bien sûr…

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