La fin des vacances

1 septembre 2017 par - économie numérique

©Warner Bros

Au sortir de la torpeur de l’été, le retour aux affaires pour nombre de professionnels du cinéma prend des allures de chemin de croix. Il s’accompagne même d’un étonnant silence excepté l'Arp alors que les déclarations de Michel Combes, le patron d’Altice dans Le Monde, soulignant que les accords de financement du cinéma négociés avec la profession du cinéma étaient désormais obsolètes, auraient dû faire ruer dans les brancards.

Pourtant, sans vouloir être provocateur, Michel Combes n’a peut-être pas totalement tort… à ceci près que ce n’est pas le modèle d’un accord collectif précisant les engagements dans le cinéma d’un opérateur qui est obsolète mais bien le cadre et les obligations qui contraignent la diffusion des œuvres.

Rien n’interdit d’envisager un partenariat intelligent et constructif entre un groupe comme ALTICE qui souhaite devenir un acteur clé de l’audiovisuel en France et les professionnels du cinéma. Un tel accord serait même le signal d’un engagement pérenne en faveur de la création. Aucune ambigüité donc, un tel accord est plus que souhaitable.

Il est vrai qu'un novice a de quoi s'effrayer du nombre d'organisations et d'impétrants qui se bousculent autour de la table des discussions mais le CNC qui en a vu d'autres est toujours disponible et efficace pour aider à sortir du labyrinthe.

Si la ringardise ne se cache pas là, nous la trouvons en revanche dans cette chronologie des médias antédiluvienne, dont la réforme a déjà été mille fois annoncée mais qui a toujours les atours du serpent de mer insaisissable. Ce tribut payé à l’immobilisme et au conservatisme pourrait coûter cher à terme car quel nouvel investisseur peut avoir envie d’investir dans le cinéma et la création, en particulier sur les supports numériques, si la seule promesse qui  lui est faite est de pouvoir diffuser les œuvres 36 mois après sa sortie en salles et après la vàd à l’acte, les chaînes payantes et les chaînes gratuites ?

De la même manière que la création est vivante, dynamique, innovante et évolutive, nos politiques doivent aussi s’adapter et se renouveler. Pas pour se renier ni se déliter mais pour se régénérer, se revigorer et se débarrasser des scories inutiles du passé.  La politique de soutien à la diversité culturelle sera d’autant plus légitime et forte dans son principe comme dans ses modalités qu’elle n’offrira pas de quoi nourrir des procès parfois justifiés en  anachronisme.

Rendre notre modèle attractif, ce n’est pas fouler aux pieds tout ce qui a été obtenu au fil du temps : les obligations d’investissement et d’exposition des œuvres françaises et européennes, ca avait du sens, ca en a encore ;  conclure des accords avec les opérateurs qui veulent développer des politiques éditoriales autour du cinéma, favoriser sa diversité c’est utile  positif et cerise sur le gâteau rentable ; moduler les fenêtres d’exploitation en fonction de l’investissement dans la création doit rester un élément clé ; rémunérer les auteurs quand leurs œuvres sont diffusées n’est pas encore désuet, quoi qu’en pensent les dirigeants d' un Canal peu historique.

En revanche, se battre pour maintenir des interdictions de diffusion des films certains jours et reléguer le droit d’exploiter des œuvres dans des délais hors normes dans le monde d’aujourd’hui , c’est la meilleure façon de faire de notre modèle de politique de diversité culturelle un véritable épouvantail.

Les esprits frais et fringants de la rentrée  devraient y songer : l’heure est venue de la transformation (ne parlons plus non plus de réforme !) pour consolider notre modèle de financement et y intégrer des nouveaux acteurs !

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Commentaires (1)

 

  1. Lucien VERAN dit :

    Est-ce que dans le monde du film aussi les contrats entre « financeurs – diffuseurs » et « créateurs-producteurs » vont finir par remplacer les « accords de branches » pour ce qui est de la chronologie ? Libéralisme (de droite ?) ou centralisme (de gauche ?)L’un ou l’autre ou l’un et l’autre ? Belle question pour attaquer la saison.

    Bonne journée.
    Lucien Véran.

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