Les infortunes de la vertu

16 octobre 2017 par - audiovisuel

©Les films Jacques Leitienne

Souhaitons d'abord courage et ténacité au médiateur Dominique D'Hinnin qui s'est vu confier par Françoise Nyssen la tache d'obtenir en 6 mois un consensus professionnel en vue de  moderniser la chronologie des médias dont  le terrain a déjà été fortement déminé par Christophe Tardieu et les équipes du CNC

Le congrès des exploitants à Deauville puis les rencontres cinématographiques de Dijon organisées par l'ARP ont permis de débattre d'un sujet qui continue de diviser les différents intervenants même si tout le monde reconnait que "ça ne peut plus durer" et que l'accord de 2009 est bon à jeter à la poubelle .

Coté exploitation le président de la FNCF a joué les durs devant ses troupes, les durs mais pas les méchants puisqu'il est prêt a assouplir les conditions de la dérogation à 3 mois conditions qui font qu' à ce jour personne n'a jamais demandé à en bénéficier .

La discussion  sur le délai de protection des salles n'est en fait qu'un écho au malaise plus profond sur la vie des films en salles et le cri de  désespoir des producteurs ,distributeurs et réalisateurs qui voient leurs films disparaitre trop rapidement des écrans.

Les propositions qui visent à accélérer la diffusion sur les supports numériques sont un hommage à la prééminence des salles, une sorte de pavé rageur dans la mare de ceux qui débarquent les films sans véritablement leur laisser une chance d'exister .

De ce point de vue le CNC a un rôle capital à jouer en faisant respecter l' accord sur les engagements de programmation et les engagements de diffusion signé en mai 2016 au festival du film de Cannes .

Et l'hommage rendu au congrès de Deauville au sensible réalisateur Jean Pierre Améris champion des débats dans les salles de cinéma était comme une invitation à une présence renforcée des créateurs auprès du public.

A Dijon l'ARP dotée d'un nouveau mais expérimenté président Radu Mihaileanu et d'un dynamique délégué général Mathieu Debusschère avait retrouvé la voie des débats bien cadrés en proposant une chronologie modernisée.

En fait personne n'a défendu les règles en vigueur et tous les participants au débat ont admis que les distinctions liées au mode de diffusion des oeuvres n'avaient plus grand sens.

Et chacun s'est accordé pour reconnaitre que la chronologie devait dépendre des niveaux d'investissement dans la création cinématographique et donc de la "vertu" des opérateurs .

Mais qu'est ce qu'un opérateur vertueux ?

Il y a peu le groupe Canal plus aurait aisément remporté la palme d'or compte tenu de son niveau de participation et de son engagement financier  de diversité qui favorise le renouvellement des talents.

Mais patatras !!!  La décision incompréhensible et jamais vue du premier groupe audiovisuel français de se mettre en défaut de paiement en cessant d'exécuter les contrats en cours le liant aux sociétés d'auteurs a jeté une ombre sur cette vertu marquant le début de son infortune.

Car peut-on ignorer que le droit d'auteur est une créance alimentaire et que ceux qui ont travaillé pour créer doivent en  vivre sans être soumis aux menaces et au chantage ?

Désormais il est clair qu'un opérateur vertueux doit respecter les droits des auteurs et que cette condition n'est pas négociable.

Pour le reste le modèle Canal plus s'il revient à sa noblesse d'origine , celui d'OCS qui a conclu des accords avec le cinéma français , peut être celui d'Altice cinéma car à Dijon Alain Weill n' a rien exclu, ceux des chaînes en clair,  témoignent qu'une chronologie rénovée est un moyen d'encourager les nouveaux opérateurs à financer le cinéma français dont la force est une chance pour tous.

Enfin mes pensées les plus affectueuses vont à Audrey Azoulay qui au terme d'une intense campagne diplomatique avec le soutien du président de la République Emmanuel Macron et du gouvernement a été élue par le conseil exécutif de l'Unesco pour être présentée comme directrice générale à la conférence des Etats membres .

Une belle récompense pour une femme de culture qui a toujours su défendre la diversité des expressions.

Le souvenir de cette élection restera comme pourra en témoigner notre président Jacques Fansten lié à une merveilleuse dégustation d'un Clos Vougeot 2009 dans les caves de la maison Capitain-Gagnerot.

Sur les routes de la Côte de Beaune , il est de nombreux endroits où la descente de quelques marches conjugue  plaisir et vertu.

 

Commentaires (2)

 

  1. Lucien VERAN dit :

    Concernant la chronologie va-t-on vers un traitement film par film avec un visa d’exploitation « qualifié » en fonction de la structure des financements ? Du film « libre pour tous les supports(de diffusion) dés sa diffusion au film à « diffusion protégé ». Un peu plus de travail pour la bureaucratie du CNC mais l’occasion aussi de créer une de ces commissions dont nous raffolons.

    Bonne journée.
    Lucien véran.

    • Pascal Rogard dit :

      Non on va comme maintenant vers un traitement différencié des opérateurs mais en tenant compte non pas du mode de diffusion mais du financement de la création et du respect de la propriété littéraire et artistique.
      Bonne journée Lucien

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