Que faire ?

24 avril 2020 par - audiovisuel, Cinéma

©Warner Bros

Fréquemment  sujet à des secousses, des soubresauts et des rebondissements, le monde audiovisuel est aussi mis à rude épreuve par le Covid-19.

Quoiqu’encore fraiches, les batailles autour du projet de loi audiovisuel semblent appartenir à un monde déjà révolu face à un paysage qui a vécu depuis un séisme : c’est vrai pour l’audiovisuel public qui a du se réinventer à la faveur de la crise et dont la situation et les perspectives financières devront être revues dans le cadre des plans de relance pour ne pas fragiliser des groupes qui ont rempli pleinement leur rôle de service public .

Radio France, Arte et France Télévisions ont été exemplaires. La condamnée à la guillotine technocratique France 4 est devenue la plus grande école de France en permettant de répondre au défi de la fracture numérique.

C'est vrai également pour les groupes audiovisuels privés et particulièrement ceux qui offrent des chaînes gratuites et qui sont confrontés à une dégringolade sans précédent de leurs ressources publicitaires.

Il y a tout lieu de s’en inquiéter car ce sont des acteurs qui participent activement au financement de la création audiovisuelle et cinématographique française. Ils en assurent une large diffusion et sont des sources de rémunération importantes pour les auteurs et de la création.

 

Déjà, des idées fleurissent pour relancer la consommation  et redonner du carburant à la publicité à la télévision. Portée initialement par Aurore Bergé, rapporteure de la loi sur l’audiovisuel, l’idée d’un crédit d’impôt destiné à encourager les annonceurs à investir dans le média TV a fait son chemin à l’Assemblée nationale comme au Sénat, sans pour autant avoir convaincu, pour l’instant, le gouvernement.

 

La culture invitant à la créativité, aussi en matière fiscale, une autre piste gagnerait également à être envisagée par les pouvoirs publics : un crédit d’impôt pour les investissements des diffuseurs dans la création audiovisuelle patrimoniale et le cinéma.

Aujourd’hui, une chose est sûre : la baisse du chiffre d’affaires des chaînes privées, sur lequel sont assises leurs obligations d’investissement, aura des répercussions extrêmement fortes sur le secteur de la création, lui aussi très impactée par la crise et aujourd’hui quasiment à l’arrêt, faute de pouvoir organiser des tournages. Les risques sont multiples, entre l’affaiblissement de chaînes françaises qui sont des partenaires au long-court de la création et  qui investissent chaque année plus de 400 millions d’euros dans les œuvres patrimoniales et le délitement d’un réseau de créateurs qui pourraient se voir priver de réelles perspectives d’emploi et de création.

 

Mettre en place ce crédit d’impôt sur l’investissement dans la création patrimoniale aurait l’avantage de faire coup-double : d’une part, il viendrait soulager la charge fiscale des chaînes privées dont les comptes vont lourdement plonger dans le rouge cette année ; d’autre part, cette mesure soutiendrait utilement l’investissement dans la création et donc l'emploi dans un secteur fortement impacté par la crise sanitaire.

 

D’autres souplesses devront être réalisées dans la réglementation audiovisuelle pour accompagner le redémarrage. Il faudra séparer le bon grain – avec l’urgente réforme de la chronologie des médias, la publication attendue du décret sur les jours interdits, l’indispensable transposition de la directive SMA pour intégrer les plateformes numériques – de l’ivraie à savoir les tentations toujours présentes d'affaiblir notre système de soutien à la création et la protection des droits des auteurs.

 

Mais, soyons sûrs que la politique fiscale ne sera pas le moindre des leviers à activer pour qu’au côté d’un service public renforcé, les groupes audiovisuels privés puissent retrouver le chemin d’abord de l’équilibre et, on peut l’espérer, rapidement de la croissance. A la fois élément de soutien fort à l’économie des acteurs de l’audiovisuel privé et gratuit et outil pertinent d’un plan de relance pour la création, en incitant les chaînes à investir, ce crédit d’impôt a tout pour s’imposer comme une bonne idée et rallier la grande et chaleureuse famille de l’audiovisuel.

Il est capital pour l'audiovisuel le cinéma et plus généralement l'ensemble du secteur et plus particulièrement le spectacle vivant que le plan de relance dont la responsabilité incombe à Franck Riester soit à la hauteur des dégâts considérables que la pandémie a infligé à notre vie culturelle.

 

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