Bonne nouvelle : J’ai décidé de maigrir

2 mars 2015 par - audiovisuel

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Difficile pour notre création audiovisuelle d'échapper aux attaques qui s'abattent sur la politique que mènent les pouvoirs publics pour la développer .

Il y a trois ans ces critiques auraient pu paraître d'autant plus justifiées  que la fiction française était au creux de la vague et peinait à rassembler le plus large public.

Depuis auteurs, producteurs, diffuseurs ont repris les choses en mains et la fiction française redresse la tête.

Pourtant les conseilleurs sont toujours au rendez vous le dernier en date étant  l' Institut Montaigne Think Tank  d'inspiration CAC 40 qui souhaite " rallumer la télévision " et formule 10 propositions pour faire rayonner l'audiovisuel français.

" Il n'est réplique si piquante que le mépris silencieux " a écrit  Michel Eyquem de Montaigne  mais je dérogerai à cette maxime tellement la fatuité et l'irresponsabilité de certaines propositions méritent d 'être soulignées.

Notons d'abord que le droit d'auteur européen issu de la révolution  française n'a pas la cote auprès de nos experts libéraux car selon eux  une bonne dose de copyright revigorerait la créativité en permettant les écritures collectives qui en serait l'alpha et l'oméga .

Posture idéologique car le droit d'auteur  associé à la gestion collective n'entrave en rien le développement de nouvelles formes d'écritures qui existent et avec succès en France.

La vison idyllique du copyright mériterait d'être nuancé par la lecture des centaines de pages des conventions collectives qui encadrent très fortement les activités d'écriture et sont le résultat de très durs conflits sociaux qui ont paralysé les outils de production à Hollywwod.

Pour être créatif, jeun's et moderne séduire le plus large public à l'exportation il faut bien sûr renoncer à la langue française et oublier qu'aussi bien l' inspecteur Derrick tourné en allemand et Borgen en Danois ont conquis le monde entier.

Et puis comme il faut bien trouver un critère discriminant permettant de mener une politique favorable à la création nationale rien de tel que de rejoindre Montaigne en son château  et ressusciter au mépris du traité de Rome l'œuvre made in France , l' œuvre française .

Une oeuvre qui retrouverait son ancienne définition permettant à des émissions comme " j'ai décidé de maigrir " ou "l'ile de la tentation" de reconquérir noblesse, prestige et soutien de la politique publique.

Au chapitre des contradictions internes et il n'en manque pas, il est cocasse de vouloir une concentration du secteur de la production audiovisuelle et de proposer simultanément la création d' un fonds ayant pour objectif de favoriser  l'accès de nouveaux producteurs à ce métier pourtant déjà fort embouteillé.

Au final il est dommage de gaspiller tant  d'énergie et de talent et de ne point les utiliser  à une réflexion sérieuse et argumentée sur la modernisation de notre système de financement de la création confronté comme beaucoup d'autres activités à la concurrence déloyale des services Internet délocalisés.

Le rapport de l'Institut Montaigne se veut novateur mais il est au fond beaucoup  moins  décoiffant  que la vie d'une Bigoudène de Penmarch.

 

 

Commentaires (3)

 

  1. lym dit :

    La contradiction n’est qu’apparente entre concentration des gros (actuels tenanciers trop amorphes pour bouger auxquels n’y a que cela a proposer afin d’amortir leur inéluctable chute) et favoriser l’apparition de petits nouveaux (qui prendront peu a peu la place des dinosaures).

    Avec une grille de lecture qui n’est certes pas la votre, c’est au contraire parfaitement logique.

    Quand on voit que C+, pas le dernier à financer le cinéma, en est à se faire emmerder par ses pairs on se dit que l’impôt ayants droits n’a vraiment plus rien à voir avec le financement de la culture et qu’il est en effet temps d’organiser la transition avec un minimum de bon ordre.

  2. Autre analyse que j’ai pu faire sur le blog d’Arte, Dimension Séries. Le rapport s’appuie sur des principes intéressants mais produit effectivement des contresens malheureux, comme au sujet de la fiction, ce que vous pointez d’ailleurs légitimement.

    Ceci dit, je ne comprends toujours pas pourquoi l’idée du changement de régime des obligations de production n’est pas sur la table. Calculée à l’heure actuelle sur la base du chiffre d’affaires des chaînes, il est concrètement inefficace lorsque l’on s’attarde sur les grilles des programmes. Très faible production originale, etc. Au Royaume-Uni, ils ont un quota très simple : un pourcentage qui précise le quota de productions originales diffusées. Résultat : une télévision qui produit, et non qui rediffuse.

    Plus d’infos, avec des chiffres précis, dans mon article par ici : http://www.arte.tv/sites/fr/dimension-series/2015/02/28/la-place-de-la-fiction-francaise-en-europe/

  3. Christophe Andréi dit :

    Très fine et parfaite analyse, Pascal !
    Ce qui est triste est que les commissions succèdent aux commissions ! Que la plupart financés par l’état (des fonds qui seraient plus utiles à financer des œuvres !!) se perdent dans les couloirs ministériels après avoir fait un ramdam du diable après chaque parution. Que la plupart des propositions « intelligentes » finissent aux oubliettes alors que surnagent, majoritairement, les plus néfastes ! Si, maintenant, n’importe qui (ou quasi !) lancent ses propres rapports avec des intérêts politiques (à qq temps de la nomination du président de FT…. innocence !!!) et financiers transparents, ns sommes dans la misère au moment où notre audiovisuel patrimonial a besoin d’un sérieux coup de boost !!

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