Le silence des agneaux

3 février 2026 par - audiovisuel, diversité culturelle

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    ©Columbia Tri Star

En l’espace de quelques jours, deux tribunes dans la presse sont venues apporter un peu de clairvoyance dans un horizon bien brumeux pour l’audiovisuel public. Alors que le texte de Jérôme Clément met le doigt sur un angle mort devenu impossible à ignorer, le silence de la gauche face aux attaques répétées de l’extrême droite contre l’audiovisuel public, la tribune de Clément Beaune parue dans Libération rappelle pourquoi nous avons besoin de l’audiovisuel public.

Soyons précis, ils prennent la suite de la réaction courageuse et déterminée de Xavier Bertrand.

Début janvier dans Le Monde , il s’indignait de l’instrumentalisation, à des fins idéologiques, de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public par son rapporteur.

Au fameux « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » de Jacques Chirac en 2002, nous pourrions être tentés de décliner un « Notre audiovisuel public brûle et nous regardons ailleurs ».

Car c’est un fait, depuis l’abandon démagogique et non préparée de la redevance audiovisuelle en 2022 jusqu’aux attaques organisées et orchestrées pour déstabiliser aujourd’hui le service public, nous assistons à une forme de renoncement politique collectif à défendre l’audiovisuel public.

Certes, ce qui se joue dépasse très largement le cadre franco-français. La remise en cause de l’audiovisuel public est un mouvement profond, désormais européen : gels ou amputations budgétaires, mises au pas idéologiques, pressions politiques directes. Partout, ce sont les mêmes ressorts à l’œuvre, visant à affaiblir un pilier essentiel de nos démocraties et de notre écosystème culturel.

Mais, dans ce pays, qui est le chantre de l’exception culturelle, qui avait toujours su fédérer les responsables politiques, au-delà de leurs engagements partisans, pour porter haut un modèle de politique culturelle singulier dans lequel l’audiovisuel public occupait une place à part, nous n’imaginions pas que nous pourrions vivre une telle rupture historique.

Car ces attaques sont graves et sont en elles-mêmes une bascule vers un avenir pavé de mauvaises intentions.

Elles ciblent un service public qui garantit l’accès universel à une information fiable, mais aussi à la création indépendante, à la pluralité des voix, des idées et des imaginaires.

Dans un monde saturé de plateformes globales et d’algorithmes peu soucieux de diversité, l’audiovisuel public demeure un rempart contre la standardisation et pour la souveraineté culturelle.

Et pourtant, les réactions politiques se comptent sur les doigts d’une main, ou éventuellement des deux, si on est généreux.

En laissant prospérer ces offensives sans y apporter de réponses politiques claires, engagées et fortes, les partis de gouvernement commettent une lourde erreur.

Ils abandonnent le terrain à celles et ceux qui veulent dénigrer l’audiovisuel public pour demain faire de la télévision publique une télévision d’Etat, à leur main, ou aux mains des commerçants qui soutiennent des partis de l'étranger et renoncent paradoxalement au patriotisme dont ils se réclament.

L'audiovisuel public c'est naturellement l'information mais pourquoi oublier  sciemment qu'il est aussi un acteur culturel majeur, un soutien décisif à la création, un garant de la diversité culturelle.

Se taire, c'est paver  la voie à son affaiblissement, à son rétrécissement et potentiellement à une privatisation future, projet mortifère aussi bien pour les chaînes privées françaises que pour la création et la diversité éditoriale de notre paysage audiovisuel.
Bref, on ne voit pas où se cache le patriotisme dans un tel projet qui laisserait le champ libre aux plateformes US.

Nos partis républicains doivent désormais sortir de ce silence. Défendre un audiovisuel public fort, indépendant et ambitieux n’est ni une posture idéologique ni une faiblesse indigne que ne comprendraient pas nos concitoyens : c’est un choix politique résolu en faveur de l’intérêt général, de la diversité culturelle et de la vitalité démocratique.

Et c’est sans doute cela qu’on peut attendre en 2026 de responsables politiques !

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