Fin de partie

25 novembre 2009 par - Weblog

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La réforme du marché européen des télécommunications a été approuvée hier par le Parlement Européen dans une indifférence qui contraste singulièrement avec les passions déchainées par l' amendement 138 qui visait à empêcher la France de se doter d'une législation permettant de faire suspendre l'abonnement à Internet par une autorité administrative indépendante.

Le paradoxe de cet épisode franco-français du débat sur le paquet de réforme des télécommunications est que la décision du Conseil constitutionnel a mis la loi Française à l' heure du premier vote de l'instance communautaire, alors que le texte finalement adopté par les parlementaires européens n' empêche nullement  contrairement à ce qui avait  été dit et redit en particulier à l'Assemblée Nationale,la procédure prévue par le projet de loi initial.

Cette  fin de partie juridique étant acquise, c'est sur le terrain pratique que le système de réponse graduée devra faire ses preuves.

Comme l' a montré un récent reportage d' envoyé spécial diffusé par France 2, les internautes anticipant ,les systèmes de détection qui vont être mis en place migrent vers d'autres techniques de piratage basées sur la vision en ligne.

Des techniques très éloignées des soit disant "vertueux" systèmes de partage vantés par les adeptes du don de ce qui appartient à autrui, puisqu'ils permettent soit par des financements publicitaires , soit même par des cotisations à des petits malins d'en tirer des profits substantiels.

Le reportage d'envoyé spécial m' a aussi permis d'apprécier la chaleureuse intimité de ce couple qui n'a pas les moyens d'acquérir légalement les oeuvres qu'il regarde grace à un matériel très sophistiqué et couteux acheté peut-être à crédit, mais surement pas volé dans les grandes surfaces.

Une délinquance ordinaire et banalisée dont les seuls victimes sont les créateurs.

PS :

Cher Philippe Lioret , tu ne m' as pas vu, mais j'étais dans l'hémicycle du Parlement Européen lorque tu as reçu des mains du président Jerzy Buzek qui a rappelé les difficultés des créateurs qu'il connait bien puisque sa fille est actrice, le prix Lux 2009 décerné par un vote des parlementaires européens.

Un prix plus que mérité pour ton magnifique film Welcome ,un film beau à voir qui fait réfléchir et que toute l'Europe pourra apprécier, car il sera sous-titré dans les 23 langues officielles de l'Union.

Commentaires (16)

 

  1. Antoine dit :

    Encore une fois vol et contrefaçon se mêlent dans un discours dénonciateur de ces sales consommateurs qui ne font qu’a faire du mal aux auteurs.

    On est en 2009. Napster + 10 ans

    A quand une remise en cause de la filière face aux consommateurs de 2009 ?

    Personnellement j’ai investi plus de 1000 euros en vinyles neuf de titres contemporains cette année, mais j’ai téléchargé les MP3 correspondants avant de faire mes choix. ça vous gène ?

    • Pascal Rogard dit :

      Que cela vous plaise ou pas la contrefaçon est un délit. Par contre je pense que les nouvelles technologies peuvent parfaitement permettre de mettre en place des systèmes d’écoute permettant au public de faire son choix avant d’acheter comme il le fait dans certaines grandes surfaces en écoutant préalablement les musiques. Ce qui m’a fait réagir c’est cette image de gens qui ne dépensent pas un centime d’euros pour les oeuvres mais investissent des sommes considérables dans du matériel électronique et ce au détriment des créateurs et en particulier des plus fragiles d’entre eux.

      • Antoine dit :

        Moi aussi cette image m’a frappée. Mon premier message n’était pas une remise en cause de cet argument.

        Vous parlez simplement de « vol dans les grandes surface ». Cette analogie ne peux absolument pas être mise en rapport avec le téléchargement qui est une contrefaçon.
        Un vol dans une grande surface est une spoliation d’un bien. La contrefaçon est la spoliation d’une œuvre de l’esprit.
        Dans les deux cas c’est moralement répréhensible, mais
        économiquement l’un n’est pas forcément équivalent à l’autre (cf les œuvres qui de toute façon n’auraient jamais été vues/écoutés si il n’y avait pas eu contrefaçon)

        Pour en revenir à ces personnes qui ont du matériel sophistiqué. Peut-être ces gens ont-ils fait des choix parce qu’il ne pouvaient pas assumer le matériel + l’œuvre ?

        Personnellement, ce qui m’a choqué le plus dans ce reportage (et pourtant je suis un « pirate » comme ils disent) c’est le fait que l’œuvre sans son support a complètement perdu sa valeur dans la tête des gens (et des investisseurs internet – 30 seconde de pub = une chanson… super pour l’artiste…).

        Mon humble avis est que c’est la que se trouve le mal à combattre, il faut redonner de la valeur à une œuvre en dehors de son support.
        Ce n’est pas en coupant internet, en retirant encore plus de la valeur à un support (DRM), en traitant ses clients comme des voleurs ou en faisant peur qu’on va pousser les gens à dépenser et non pas télécharger. L’industrie de la culture doit faire rêver les gens, actuellement elle ressemble plus au FISC et personne n’aime payer ses impôts !

        Pour moi c’est le vinyl qui m’a fait revenir dans le chemin de l’acte d’achat. C’est un support noble, avec sa rareté, qui donne une vrai valeur à l’œuvre et qui me pousse à payer 8€ pour quelque chose que je dois chercher à travers les magasins en ligne Européen alors que je l’ai gratuitement en P2P.

        Enfin vous parlez de pré-écoute là ou moi je parlais téléchargement.
        Êtes-vous gêné si je considère qu’ayant payé 8€ pour une œuvre sur un support physique je puisse également la garder de manière électronique (obtenue par P2P), plus simplement, que je considère que mon acte initial de téléchargement a été « moralisé » ?

        Enfin, si je ne me trompe, la SACD n’étant pas liée à la filière de production mais à la filière de création, que pensez vous de l’explosion du spectacle vivant qui lui rémunère plus grassement les auteurs et interprètes ?
        Ne pensez vous pas que la baisse de l’achat de support insipides déplace la demande vers l’achat de réelles performances ?

        • Pascal Rogard dit :

          Le spectacle vivant ne rémunère pas « grassement  » les auteurs même si certains d’entre eux bénéficient de rémunération importantes.
          Pour vous en convaincre, il suffit d’aller voir à la page 22 de notre rapport annuel la répartition par tranches de revenu des rémunérations versés à nos membres.
          Et je n’ai rien contre la copie privée dès lors que la source en est licite

      • Benjamin dit :

        Réflexion: probablement que leurs matériels servent aussi à des fins complètement légales. Si si, je vous assure, cela arrive parfois.

  2. Zhitoune dit :

    Bonjour,

    hé oui le Peer to peer diminue et le streaming augmente, trés pratique le streaming…d’autant plus que les plateformes sont hors de portée juridiquement. Peu de recours technique face à cela à part le filtrage http actif mais encore une fois des solutions, nombreuses, légales (à priori) et faciles d’utilisations existent déjà (https://addons.mozilla.org/en-US/firefox/addon/45357). Pour toutes ces raisons, toutes tentatives techniques de restreindre la « piraterie »/contrefaçon d’oeuvres numériques sont chimériques par essences (d’autant plus que ceux qui possèdent les compétences techniques et le savoir aproprié sont viscéralement oposés à toutes atteintes à la neutralité des réseaux).
    Aussi le concept de license globale me semble la solution la plus aproprié, ou plutôt celle qui a le plus de chance de fonctionner (je paye bien une redevance pour une télé que je ne regarde jamais…). Mais pour une raison que je ne comprends pas, le « milieu phonographique » semble opposé à celle_ci, pourriez-vous m’éclairer merci.

    • Pascal Rogard dit :

      Posez votre question au SNEP et à la Sacem car pour ma part je suis d’abord concerné par les oeuvres cinématographiques et audiovisuelles pour lesquelles un système de licence global n’ a été sérieusement envisagé par personne, car il ruinerait leur financement .

      • Zhitoune dit :

        Merci de votre réponse.

      • Zack dit :

        je n’aime pas trop l’idée de licence globale aussi, mais je n’ai pas l’impression que par essence, elle « ruinerait  » le financement des oeuvres : ça dépend du montant qu’on fixe, non? C’est à d’autres niveaux que je sens qu’elle serait « ruineuse », ou tout du moins trop perturbatrice. Notamment, l’ajustement de l’offre et de la demande ne se ferait plus du tout de la même façon et la transition risquerait d’être vraiment mal menée… qu’en pense un vrai professionnel de la filière?

        • Pascal Rogard dit :

          Parlons en du montant ! L’organisation de consommateur « Que choisir » qui défend l’idée de licence globale n’ a pas pas voté une seule rémunération pour copie privée alors qu’il s’agit d’un système identique.
          Il est facile de comprendre que ceux qui financent les films et en particulier les chaînes de télévision en échange d’une exclusivité de diffusion ne le feront plus si ces mêmes films sont disponibles en contrepartie d’une rémunération forfaitaire s’ajoutant obligatoirement au prix de l’abonnement à internet.

  3. lucien veran dit :

    Bonjour.

    Ce qui est clair depuis longtemps et qu’illustrait bien le reportage d’envoyé spécial c’est que le « marché du gratuit » qui inclut le marché de la contrefaçon se structure en deux grandes sphères. Une sphère de l’échange sans monnaie disons le « pur » P2P et une sphère du grand deal monétisé où des plateformes exotiques se financent par la publicité et (peut être) par des revenus indirects venus de trafics divers.
    Pour ce qui est de la publicité, elle est par définition visible et pour peu que certains s’en occupent (mais qui, les SPRD ?) les annonceurs pourraient faire l’objet d’avertissements publics et d’une mise au ban.
    Une occasion pour les représentants des associations de consommateurs de s’associer aux SPRD, aux Majors et aux indépendants pour dénoncer les méchantes grandes ou petites marques qui financent ces plateformes.
    Il reste à faire l’inventaire de ces annonceurs

    Bonne journée.

    Lucien Véran.

    • Zack dit :

      ce serait pas plus intelligent de les taxer, que de les virer ?
      Les efforts qu’on dépense en vain pour couper les circuits pirates qui repoussent comme l’Hydre de Lerne, on pourrait les utiliser à les « réorienter » à bon escient plutôt

  4. Stun dit :

    Belle victoire (pas forcément honnète et pas forcément gagnée avec honneur), mais… au fil du temps je continue à suivre les aléas des offres légales : pensez vous qu’une ou deux lois vont nous faire changer de comportement si vous n’êtes pas un seul instant capable de nous vendre des produits. Depuis le temps que je suis ce blog, que nous sommes nombreux à vous alerter sur ce point, aucune mesure, même des plus simple, comme enlever les messages de pub et ceux d’avertissement en début de DVD… Comme enlever les DRM des oeuvres cinématographiques etc n’a pointé le bout de son nez…

    Personnellement il y a bien longtemps que je n’ai plus d’espoirs venant des industriels du divertissement. Votre seul malheur, dans vos vaine tentatives de filtrage, est de rendre extrèmement plus complexe la lutte contre la pedo-pornographie, le terrorisme, etc, en entrainant un cryptage de donnée de la part de tous les « petits » téléchargeurs et autre petis malins ce qui camouflent les transferts de données « illégales » comme un album qu’ils n’ont pa spu acheté car vendu 20€ soit 1 semaine derepas pour moi!!! Nos enfants vous remercierons chaleureusement.

    • Zack dit :

      +1! et pourtant y’en a chez eux qui savent qu’un DVD standard ça fait 1 semaine de bouffe pour beaucoup de gens : ils sont capables de nous faire des promos à 5€ quand ils veulent, alors pourquoi ils s’adaptent pas plus souvent, pourquoi en VOD c’est encore plus cher, alors que ça leur coûte moins de pognon? pourquoi pas de vrais études de prix et de marché pour respecter enfin le public peu fortuné?
      Facile d’accuser les pirates mais remettre en cause les choix marketing là y’a plus personne.

  5. Guillaume dit :

    Vous retenez, Monsieur Rogard, l’image du reportage qui vous aide le plus à faire passer votre message.
    Ce que vous ne voyez pas, c’est que NON, le piratage n’est pas un business lucratif au départ, ça l’est devenu et va le devenir encore plus (cf l’interview du directeur de Co-Peer-Right dans ce même reportage).

    Les téléchargeurs qui échangeaient leurs données en P2P ont et vont, sous la menace d’HADOPI, s’orienter vers d’autres solutions, solutions qui pour certaines sont offertes à grand renfort de publicité sur l’anonymat et la disponibilité contre monnaie sonnante et trébuchante par des sociétés sans trop de scrupules.

    Ce que cela veut dire, et que vous refusez de voir, c’est que OUI les gens sont prêts à payer pour avoir accès à la culture, OUI ils sont prêts à un mode de consommation différent.

    A vous maintenant, sociétés d’auteurs et d’ayant droit, de leur proposer un mode de consommation qui leur corresponde.
    La voie est ouverte par Deezer, Spotify, Beezic et autres, inspirez-vous et récupérez les parts de marché prises par ces sociétés sans vergogne.

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