La France patrie de l’IA

2 juin 2026 par - économie numérique

©️Les Acacias

De quoi la France est-elle le nom ?
Vaste question mais nous pourrions sans conteste dire qu’elle est la patrie du droit d’auteur, des Lumières, des Droits de l’Homme, de l’exception culturelle, bref de valeurs universelles porteurs de progrès pour l’humanité…

Mais voilà, qu’un candidat à l’élection présidentielle, en quête de modernité Gabriel Attal, un jour de canicule de mai 2026, déploie un nouveau slogan : "la France, patrie de l’IA "!

Le message est simple, trop simple même : d'un côté, les progressistes qui s'emparent de l'IA et veulent être résolument du côté de l’innovation. De l'autre:

"il y aura toujours les réflexes des démagogues, de ceux qui veulent jouer sur les peurs, comme ils l'ont toujours fait à chaque révolution. Ils vont vouloir empêcher, freiner, taxer, comme ils le demandent toujours et tout le temps sur tout ce qui innove ».

L’opposition est binaire, bien commode et si elle a le mérite de la clarté, elle a néanmoins l’inconvénient de l’indigence.

On connaissait le techno-fascisme des idéologues de la Silicon Valley, les délires de Peter Thiel sur la démocratie comme obstacle à l'innovation, les élucubrations de Curtis Yarvin sur la nécessité d'un "CEO de l'État" non élu.

Apparait aujourd'hui une forme d’avatar français, plus doux, plus policé, mais structurellement aussi défaillant dans sa logique : le techno-béatisme.

Il peut se résumer ainsi : l'innovation comme valeur absolue, la régulation comme tare congénitale des esprits frileux.

Malheureusement, un optimisme, même portée en bandoulière, ne fera jamais disparaître les enjeux réels que pose l’IA.

Ils valent mieux que des oppositions factices.

Car entre la capitulation naïve et le refus dogmatique, il existe une troisième voie : celle de l'intelligence politique qui sait saisir une révolution sans se laisser dépouiller par elle.

Qu’avait à dire Gabriel Attal ce samedi après-midi au Parc des Expositions sur la culture et les créateurs face à cet univers de l’IA ?

Rien ! Pas un mot sur la création humaine qui court le risque de l’effacement progressif.

Pas un mot sur l’invisibilisation des œuvres originales, qui pourraient être supplantées dans les flux algorithmiques par des contenus synthétiques générés à la chaîne.

Pas un mot sur le droit des auteurs, un droit issu de la Révolution française et du génie de Beaumarchais, à bénéficier d’une juste rémunération lorsque leurs œuvres ont servi à entraîner les modèles qui les concurrencent désormais.

Et quelques jours plus tard, poursuivant la même logique, ses amis députés à l’Assemblée nationale déposent des amendements pour faire trébucher l’examen de la proposition de loi de Laure Darcos votée à l’unanimité au Sénat qui permettrait de rééquilibrer les rapports de force entre les titulaires de droit et les services d’IA.

Une proposition non pas déstinée à empêcher ces industriels de s’entraîner sur des œuvres culturelles ou multiplier les contentieux mais faite pour avoir la chance de donner un cadre à cet entraînement et à organiser un juste partage de la valeur, là où aujourd’hui s’organise un pillage à nul autre pareil.

Dans ce contexte, vouloir faire de la France “la patrie de l’IA” et vouer toute régulation aux gémonies revient plutôt à ériger la France en « patrie du pillage ».

Est ce une ambition  pour notre notre pays et les français ?

La vraie vision, celle attendue d’un candidat à l’Élysée en 2027, ce n’est pas de choisir entre l’IA et la culture ni de nourrir des oppositions factices.

C’est au moins de savoir se hisser au même niveau que le Pape Léon XIV  dans son encyclique, "Magnifica Humanitas "qui fera date, en rappelant que l’IA devait servir l’humanité et non le pouvoir et l'enrichissement de quelques uns.

C’est aussi de construire le cadre dans lequel l’innovation technologique et la création humaine peuvent coexister, et où les auteurs et plus largement le travail humain ne  sont pas les variables d’ajustement de la révolution numérique.

Nous vous attendons, Monsieur le candidat !

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