Y a t’il un pilote dans l’avion

19 juin 2026 par - audiovisuel, Cinéma, diversité culturelle, économie numérique, Spectacle vivant, Weblog

© Paramount Pictures

Ponctionner ce qui est ponctionnable, repousser ce qui est repoussable, abandonner ce qui est abandonnable : c'est sans doute là un bon résumé des errements de notre politique culturelle depuis de longs mois et même plusieurs années.

Malheureusement, ceux qui aujourd'hui regardent la culture comme une variable d'ajustement pourront se féliciter d'avoir participé à un tournant historique : celui qui nous ferait passer d'un modèle d'exception culturelle à une logique de régression culturelle.

Comment en est-on arrivé à ce degré de déliquescence ?

Et à mettre en cause des politiques de soutien à la création qui suscitent une forte adhésion des français et sont enviés par de nombreux pays .

Cette situation ne résulte pas d’une seule faute, mais d’un enchaînement de renoncements, d’inerties et parfois d’angles morts collectifs.

Les responsabilités sont évidemment multiples : les professionnels y ont leur part, certains rigidement corporatistes s’étant trop persuadés que les politiques devaient rester immuables sans jamais s’adapter ; la classe et les partis politiques également, faute de s’intéresser à la culture et n’hésitant pas à pratiquer pour certains un populisme et une démagogie éhontés.

Mais, dans une République, le pouvoir exécutif ne peut s’exonérer de sa responsabilité.

Et elle est grande, dans ce second quinquennat du président Macron dont le bilan final ne sera pas glorieux , alors même que beaucoup avait été accompli les 5 années précédentes : la défense du droit d’auteur en Europe, la directive SMA et sa transposition ambitieuse en France, le soutien financier aux auteurs et aux secteurs culturels et créatifs durant la crise du COVID.

La déception en est d’autant plus lourde aujourd’hui de voir l’audiovisuel public sacrifié, le droit d’auteur malmené et les établissements publics culturels ponctionnés.

Quand est sans cesse  invoqué et à juste titre l’impératif de souveraineté, il est ironique de constater que les outils de cette souveraineté pour la culture sont méthodiquement rabotés et fragilisés.

Une séquence récente en apporte une illustration claire.

L’examen de la PPL Darcos a été empêché à l’Assemblée nationale, sous l’effet d’une avalanche d’amendements du groupe de Gabriel Attal inventeur d'un nouveau concept "La France patrie de l'IA" .

100 amendements pour une PPl d'un seul article.

Et des dirigeants des entreprises de la tech se transformant en lobbyistes de l'ombre fuyant la lumière tels certains habitants de Transylvanie et ignorant  la table ronde judicieusement organisée par Alexandre Portier le président de la commission des affaires culturelles et de l'éducation.

Pendant ce temps, les intérêts de la tech étaient protégés par des députés complaisants au détriment de tous les secteurs de la culture et de la presse.

Et que disait le Gouvernement ? Rien, un silence complet et total entre le 8 avril, date du vote à l’unanimité du Sénat en faveur de ce texte et le 11 juin, date à laquelle la « minorité présidentielle » a tout fait pour enterrer la réforme.

On peut vouloir respecter les travaux et la démocratie parlementaires sans renoncer à ses responsabilités et sans se réfugier dans une inertie coupable.

L’audiovisuel public constitue également une démonstration de cette spirale décliniste que les gouvernements qui se sont succédé n’ont pas freiné mais au contraire accompagné.

L’abandon de la redevance audiovisuelle (promesse de campagne du candidat Macron qui ne lui pas rapporté une voix) en 2022 a donné le top départ du grand n’importe quoi : un bricolage financier pour dégager des ressources là où un financement pérenne existait, même s’il devait être réformé et modernisé ; une incapacité à donner une visibilité budgétaire à des entreprises publiques dont les budgets ne sont même plus connus en début d’année et qui sont entraînés dans des trajectoires, toujours baissières et, de surcroît, jamais respectées; une absence de vision des missions et des objectifs d’un service public, matérialisée par l’inexistence d’un contrat d’objectifs et de moyens pour France Télévisions depuis 2024, et remplacé par des incantations managériales et organisationnelles, nourries par la lecture du Harvard Business Review.

Dernière exemple de ce pilotage, qui multiplie les sorties de piste et les dérapages incontrôlés : les ponctions effectuées sur les établissements qui soutiennent le financement de la culture.

Autant le remboursement par le CNC des soutiens déployés au moment du COVID et financés par l’Etat relevait d’une gestion normale et d’un effort justifié au redressement des finances publiques, autant la nouvelle salve de 50 millions prélevés sur le dernier budget est la porte ouverte à de futurs prélèvements.

Et à la contestation par ceux qui payent ces taxes affectées à un usage précis, le financement de l’audiovisuel et du cinéma, d’un système qui encourage une surfiscalité culturelle pour résorber le trou du budget de l’Etat.

Il faut aussi y ajouter les plus de 10 millions d’€ prélevés sur le CNM, mettant en danger l’équilibre d’un jeune établissement, et, mesquinerie absolue, les 1,5 millions d’euros repris à l’Association pour le soutien au Théâtre Privé.

Nul doute que cette contribution sera décisive pour rembourser le déficit annuel de 135 Milliards d’euros de notre pays !

Le choix qui s'esquisse derrière chacun de ces renoncements n'est pas technique.

Il est éminemment politique : Voulons-nous préserver un modèle qui a fait de la France une grande puissance culturelle ? Ou accepter, faute de vision et de volonté, une lente érosion de ses fondements ? La réponse ne dépend plus des diagnostics : elle relève désormais du courage d’agir et de refaire de l’Etat un Etat stratége, visionnaire et ambitieux.

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