L’ère de la multitude

19 octobre 2014 par - audiovisuel, économie numérique

Sois belle et tais-toi 1958 rŽal : Marc AllŽgret Collection Christophel

DR

C'est désormais une tradition bien établie, après avoir quitté Beaune ,c'est à Dijon que les auteurs réalisateurs producteurs regroupés au sein de l'Arp née du désir visionnaire de Claude Berri reçoivent dans la bonne humeur la profession cinématographique, les opérateurs et les diverses autorités publiques pour tenter de décrypter les changements  à venir et convaincre et se convaincre que le cinéma est toujours le fer de lance de la création française.

Cette année , ce sont les systèmes de distribution en salles ou sur les nouveaux réseaux qui étaient à l'honneur car il eut été impensable d'ignorer que l'arrivée de Netflix était une pierre de plus dans le bel ordonnancement de la réglementation française.

Les débats ont été magistralement ouverts par une intervention de Nicolas Colin auteur avec Pierre Collin d'un rapport décoiffant sur la fiscalité de l'économie numérique et les méthodes d'évasions fiscale des grands groupes Internet.

Nicolas colin  a tenté d'expliquer les évolutions en cours , le positionnement de la culture au sein de l'univers numérique et les raisons pour lesquelles la mise en place d'un nouveau système de régulation sera très complexe à mettre en œuvre.

Mais c'est le directeur général de Free Maxime Lombardini  qui s'est payé le luxe de faire la leçon aussi bien à ses collègues opérateurs de télécommunication qu'à l'ensemble de la profession cinématographique en s'étonnant du peu de résistance qu'avait suscité  le débarquement du géant américain de la vidéo à la demande.

L'ensemble des autres acteurs présents Frédérique Bredin présidente du CNC, Olivier Schrameck président d'un CSA qui doit impérativement voir ses pouvoirs élargis à une régulation de la sphère audiovisuelle transportée par le réseau Internet et Rodolphe Belmer le directeur général de Canal plus premier soutien en quantité et en diversité du cinéma français étaient sur la même longueur d'onde pour rejeter les thèses absolutistes sur la neutralité du net et engager le fer avec les Bruxellois équipés d'une oreillette directement reliée aux discours géants de l'Internet sur la nécessité d'un marché unique du numérique censée conduire vers un nouvel âge d'or du plein emploi.

La brillante intervention de Fleur Pellerin en partie improvisée sur la nécessité de permettre au public de se frayer un chemin au milieu de la multiplicité des offres et des œuvres indiquait clairement la voie d'une modernisation profonde de règles comme celles de la chronologie des médias qui ne sont actuellement ni simples ni lisibles par le public.

On attendait beaucoup dans le dernier débat sur ces sujets de la représentante de Netflix  Janneke Slöetjes, mais celle ci avec la  candeur qui précède le long apprentissage de la langue de bois répondait gentiment qu'elle ne pouvait pas répondre aux questions posées.

Du moins était elle présente ce qui témoigne de la part de Netflix d'un souci de dialogue avec les créateurs que n'ont pas d'autres grandes sociétés américaines comme Apple qui se contente de les voler en multipliant les contentieux sur la rémunération copie privée pour ne pas  leur reverser  les sommes prélevées sur les consommateurs .

Manuel Alduy de Canal Plus  fraichement converti aux charmes de l' Over the Top a dit plus crûment ce que son patron Rodolphe Belmer avait tu : la situation n'est pas durablement tenable en terme de règlementation tant la concurrence devient déloyale.

Curieusement le représentant des producteurs Marc Missonnier aussitôt contredit par Marc Tessier a sous estimé l'apport à la création de la vidéo à la demande oubliant qu'elle se substituerait à un marché de la vidéo physique particulièrement opaque et soumis à aucune obligation d'investissement dans la création française et européenne.

L'enjeu est donc européen .

Les premiers signaux émanant de la commission Juncker en particulier sur le droit d'auteur sont inquiétants car le discours des talibans du marché unique se conjugue avec l'impact des technologies pour affaiblir  l'idée fondatrice du système français les ressources nées de la diffusion doivent remonter sur les créations francophones et européennes. Nul n'est pourtant mieux placé que le président de la commission pour savoir que la qualité nait de la diversité des terroirs.

La percée éclair du général Reed Hastings aura peut être au moins le mérite de faire comprendre aux tribus du cinéma qui ont été incapables d'y faire face qu'il était temps de se rassembler et de faire mouvement pour permettre aux pouvoirs publics de défendre une régulation moderne et ambitieuse .

Les cinq prochaines années seront décisives pour l'avenir de notre exception culturelle et donc des films comme celui du président des rencontres Abderrahmane SissakoTimbuktu " qui  par la force et la beauté du  message qu'ils véhiculent  justifient plus que les chiffres et les équations économiques la nécessité du soutien à la création.

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