Une ambition pour l’audiovisuel européen

14 juin 2018 par - audiovisuel

©Paramount

Qui connaît Ulrich Wilhelm ? A priori, pas grand monde en France et pourtant ce bavarois de 56 ans gagne à être connu. Et écouté ! En visite en France ce 13 juin, le dirigeant de la chaîne publique allemande, l’ARD, est venu plaider pour une belle cause : la construction d’une plateforme publique culturelle et numérique européenne.

La cause n’est pas seulement noble, elle relève aussi d’un intérêt général européen qui s’est trop souvent effacé derrière des compromis riquiqui, des renoncements coupables et un manque de vision condamnable. Car, face à l’émergence des GAFA, peut-on sérieusement penser que l’addition de réponses nationales sera suffisante ? Continuer à penser notre monde dans un environnement qui s’arrêterait aux frontières nationales serait une lourde faute. Et pourtant, nous en prenons le chemin.

Certes, avec la nouvelle directive sur les services de médias audiovisuels, l’Europe a fait un pas important pour créer une sorte de bouclier en faveur de la diversité culturelle en y intégrant notamment les acteurs du numérique. La France grace à un consensus assez rare y a joué un rôle majeur qu’il faut saluer  et l’Europe a su être à la hauteur des enjeux.

Mais, la régulation est une chose, les stratégies d’entreprise en sont une autre qui, avouons-le, restent timides dans leurs dimensions européennes. Alors que la France s’est engagée sur le chemin d’une réforme de son audiovisuel public, pour l’heure assez inquiétante pour l’avenir de l’animation française et la stabilité du  financement du pôle public, la première des priorités devrait être de construire à partir des services publics une réelle offre européenne.

L’alliance mise en place entre France Télévisions, la RAI et la ZDF a le mérite d’offrir la promesse de 12 coproductions par an. L’effort est salutaire mais nous parlons d’une goutte d’eau dans un océan bien rempli par les nouveaux géants de l’audiovisuel dont la valeur ajoutée n’est pas seulement celle du volume d’œuvres et de programmes offerts mais aussi comme l'a encore récemment souligné Francoise Nyssen à l'assemblée des médias d'une excellente ergonomie qui crée une expérience utilisateur générant un fort bouche à oreille positif.

Car, aujourd’hui, qui permet d’assurer une circulation et une disponibilité des œuvres en Europe ? Netflix !

Qui se fait le plus grand promoteur de la diversité linguistique ? Encore Netflix qui programme des œuvres partout en version originale sous-titrée et qui renvoie dans leurs buts tous ceux qui disent depuis plusieurs années qu'il ne faut miser que sur  l’anglais ! C'est  sur la plateforme américaine que  les acteurs s'expriment dans leur langue allemand,italien,danois,espagnol, français,arabe,hébreu

Qui, aux dires des créateurs, assure les meilleures conditions de rémunération et la plus grande liberté de création ? Toujours Netflix qui ne va pas tarder à attirer définitivement les plus grands talents européens  ! Il y a là un paradoxe qui devrait tous nous interpeller, et nous faire réagir.

Il n’y a pas de fatalité à ce que notre Europe ne sache pas apporter une réponse ambitieuse et adaptée.

C’est clairement aux services publics, riches de leurs catalogues et de leurs audiences, d’impulser cette réponse européenne. Ulrich Wilhelm a le mérite de le rappeler et de tendre la main à tous ceux qui voudraient la saisir. Peut-être d’ailleurs à celle de Delphine Ernotte qui, il y a quelques mois, avait évoqué cette idée d’une plateforme européenne.

Pour éviter que la démarche ne s’enlise dans les mains de juristes, souvent plus prompts à dénicher des problèmes qu’à trouver des solutions, ce projet doit maintenant être clairement porté par les politiques et les chefs d’Etats, au moins par la France et l’Allemagne.

Après ARTE dans les années 90, qui n’aurait pas émergé sans l’impulsion de Kohl et Mitterrand, c’est désormais à Angela Merkel et Emmanuel Macron de défendre un projet  politique, par nature porteur d’une idée offensive de l’Europe  et  ancré dans la volonté de défendre les acteurs européens ,de promouvoir la création européenne et de la faire circuler au delà des frontières nationales.

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