L’amour du cinéma

8 janvier 2013 par - audiovisuel

 

DR

Il arrive que le poseur de bombes explose avec son engin et plus fréquemment qu’il fasse d’innocentes victimes.

En dénonçant les salaires de certains acteurs le producteur-distributeur  Vincent Maraval a déclenché  au-delà de ses espérances une fièvre médiatique qui après avoir tourné autour de quelques stars conduit à la mise en cause de l’ensemble du système de financement du cinéma français.

Un système sophistiqué que même des professionnels chevronnés défendent de façon maladroite car ils n’en connaissent pas toutes les arcanes .

Alors tentons de rétablir quelques vérités .

Oui, les financements du CNC sont des aides publiques , des aides  qui ne viennent pas du budget de l’Etat, mais résultent de taxes parafiscales acquittées par les opérateurs qui diffusent les œuvres cinématographiques et audiovisuelles.

Lorsqu’il n’était financé que par la TSA perçue auprès des salles de cinéma , le système de soutien s’apparentait à une sorte d’épargne forcée permettant de mutualiser les ressources au bénéfice des intervenants français avec le concours bien involontaire mais très précieux  du cinéma américain.

L’extension des contributions à la télévision, à la vidéo et aux distributeurs audiovisuels y compris les opérateurs de télécommunication a considérablement augmenté les ressources du CNC et permis  d'aider aussi la création audiovisuelle.

Elle a ainsi changé la nature du compte de soutien qui est devenu un outil puissant  de politique publique et de redistribution des ressources de l’aval vers l’amont.

Non les obligations d’investissement des chaînes de télévision ne sont pas des aides d’Etat.

Elles sont conformes aux principes de la directive européenne télévision sans frontières qui dans sa dernière révision a étendu ce  système de financement aux services de médias audiovisuels à la demande.

L’obligation de financer la création cinématographique laisse aux chaînes l’entière liberté de choix de leurs investissements .Elle a pour contrepartie des droits de diffusion exclusifs et des parts de coproduction qui génèrent des recettes et des actifs.

Le système de financement du cinéma français peut toujours être perfectionné.

Mais il a le mérite irremplaçable d’avoir accompagné la modernisation indispensable du parc de salles , sa numérisation, sa très large implantation territoriale et d’avoir permis à la production de résister à la pression croissante d’ Hollywood dont les moyens financiers sont sans commune mesure avec ceux dont disposent nos producteurs et nos cinéastes..

Si cette politique assumée dans la continuité par les gouvernements de droite comme de gauche et défendue dans les négociations commerciales internationales n’existait pas, notre cinéma aurait depuis longtemps sombré comme beaucoup de ses voisins européens et  laissé le champ libre à des images qui ne sont pas les nôtres.

Beaucoup des films que nous admirons, leurs réalisateurs, leurs acteurs ne seraient pas venus à notre rencontre.

Peut-on chiffrer cette perte ?

La France doit  être fière de ses films , de leurs auteurs et de son amour du cinéma.

Elle peut être fière de sa politique de soutien à la création dont la réussite nous est enviée.

Elle doit s’honorer d’être ouverte sur le monde et de représenter un espoir pour des talents venus d’ailleurs.

La polémique ridicule et disproportionnée  déclenchée par un mauvais perdant est un coup porté au cinéma français dans toutes ses composantes.

Les querelles stériles ne doivent pas occulter l’urgence d’une réflexion d’ensemble pour adapter des principes qui n’ont pas vieilli à un système économique qui change sous nos yeux et qui ne produira des œuvres reflétant notre imaginaire que si nous savons en conserver la maitrise.

Commentaires (2)

 

  1. Tof dit :

    Si le système est si sophistiqué que même les professionnels chevronnés n’en connaissent pas toutes les arcanes, n’est-ce pas le signe infaillible qu’il est sérieusement temps le remettre à plat ?

    Question qui n’a pas de rapport avec le billet, mais que je me pose: est-ce que la conservation du patrimoine cinématographique français ne fait pas partie des missions du CNC ? Est-ce qu’à ce titre, ce n’est pas le CNC qui devrait conduire la numérisation des films ? Et où en sont-ils avant que les supports ne tombent en poussière (peut être même avant que les droits d’auteurs tombent dans le domaine public !) ?

    • Pascal Rogard dit :

      Non car les opérateurs de marché ne voient que ce qui les concerne directement et ils n’ont pas forcément une vision d’ensemble de l’architecture du système .
      Le CNC s’occupe de la préservation du patrimoine cinématographique qui est de la compétence de la direction des archives du film
      Un programme important de numérisation était prévu mais Bruxelles a tardé à donné son accord et entre temps les ressources nécessaires ont été ponctionné pour financer le budget de l’Etat.
      Il y a des opérations de numérisation et de restauration mais moins ambitieuses que ce qui était initialement prévu.

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