Les temps modernes

7 janvier 2014 par - audiovisuel, économie numérique, spectacle vivant

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Apparemment, au Ministère de la Culture et de la Communication comme à celui de l’Economie et des Finances, la trêve des confiseurs n’existe pas. Pour la bonne cause, il faut bien le reconnaitre !

Ce 3 janvier, c’est en effet une étude très attendue qui a été publiée. Elle confirme le poids significatif du secteur culturel dans l’économie nationale. Confiée à l’inspection générale des finances et à celle des affaires culturelles par Aurélie Filippetti et Pierre Moscovici, elle a établi un  panorama très complet qui fait apparaitre que  : « les activités culturelles représentent 57,8 Md€ de valeur ajoutée, soit 3,2% du PIB national, 670000 personnes employées soit 2,5% de l’emploi actif en 2010 ».

Louons d’abord le vocabulaire utilisé qui s’éloigne ostensiblement de la novlangue bruxelloise. Les activités culturelles ont été fort heureusement  préférées au terme d’industries créatives et culturelles dont on nous rebat désormais les oreilles à longueur de temps.

Les changements de vocabulaire ne sont jamais anodins.

Ces derniers temps, on a souvent vu l’art et de la culture être assimilées à des  industries, des œuvres être rabaissées au rang de « contenus » et le droit d’auteur  être rebaptisé  « industrie du droit d’auteur » surtout d'ailleurs pour justifier au nom du libre échangisme le pillage de la création.

La nuance n’est pas que sémantique.

Car, pour ne prendre qu’un exemple, Ariane Mnouchkine serait sans doute surprise de découvrir que la vie qu’elle a consacrée au spectacle vivant la classe dans la catégorie des industriels. Industrielle  de la culture certes, mais industrielle  tout de même !

A vouloir faire le grand écart, on déchire son pantalon.

Il n’y a sans doute pas de secteur dans la culture plus éloigné de l’industrie que le spectacle vivant et cette volonté de faire des artistes qui sont des artisans quasiment des habitués du Cac 40 loin d'être moderne est profondément archaïque.

Pour en revenir aux conclusions de cette étude, il faut en retenir que même si son poids dans l’économie nationale a baissé ces dernières années, le secteur culturel reste un atout pour la France. Sa valeur ajoutée est quasiment équivalente à celle de l’agriculture, deux fois plus élevée que celle des télécoms et sept fois plus importante que l’industrie automobile.

Seconde observation de l’étude : l’intervention de l'État dans le domaine de la culture et de la communication a été en 2012 de 13,9 Md€.  Sur ce total, 9,3 Md€ sont retenus par le rapport comme ayant un impact direct sur l’économie des secteurs culturels. Cette somme équivaut à 16,1 % de la valeur ajoutée culturelle et 7,2 % de la production.

Troisième constat intéressant : on observe une corrélation positive entre la présence d’une implantation culturelle et le développement socio-économique d’un territoire. S’y ajoutent des retombées positives des événements culturels sur l’économie locale. Avec un travail méthodologique important qui a permis de relativiser certaines évaluations trop fantaisistes, les résultats sont tout de même probants : un visiteur d'un festival venant de l'extérieur du territoire de référence peut engendrer plausiblement des retombées de l'ordre de 30 à 40 € pour l'économie locale, voire plus s’il vient de loin et/ou si la manifestation s’étale sur une longue période, un festival peut engendrer pour les territoires des retombées de 30 à 40 € par visiteur, et l'impact global direct peut être de l'ordre du tiers ou de la moitié du budget d'organisation.

Enfin, l’étude montre les effets de transfert de valeur opérés avec le numérique et invite les pouvoirs publics à agir, en insistant sur la captation de valeur des plateformes numériques (Apple, Google, Amazon..).

Espérons que ce travail sérieux, complet et objectif permettra de faire prendre conscience à tous ceux qui s’ingénient à saper les bases du financement de la création que la culture est une chance pour notre pays.

Un atout qui ne saurait se résumer à sa dimension économique, mais que celle ci conforte.

Commentaires (4)

 

  1. schtroumph 404 dit :

    Bonjour,

    Vous m’excuserez de n’être du tout d’accord avec vous, mais je préfère le terme d’industrie du divertissement, à « activités culturelles » et ce pour trois raisons :

    1) Assimiler le cinéma à de la culture est un exercice ardu, tant certaines productions tiennent plus de l’arnaque et ou de l’insulte à la mémoire d’un auteur et semblent surtout appliquer à la lettre le principe « grab the money and run » (Marsupilami, Boule et Bil, …). Or ici on parle surtout volume économique et très très peu référence commune à des individus…

    2) Ariane Mnouchkine (par exemple) a consacré sa vie au spectacle vivant, je n’en doute pas, je vous crois sur parole. Pourtant c’est la première fois que j’entends son patronyme, et dans toute la liste de ses œuvres (merci les dangereux anarcho-utopistes du tout gratuit manipulés par google & cie de wikipédia) rien n’est _jamais_ arrivé à petite personne insignifiante. Pour faire simple elle manque à ma culture, je ne peux donc honnêtement pas (pour le moment) qualifier son œuvre de culturelle (au sens où elle ferait partie des référence communes que je partage avec d’autres personnes). Je vous rassure tout de suite, dès que son travail est disponible légalement à un prix et des conditions d’hygiène technique acceptables (merci de mettre un lien dans le commentaire, flash & DRM à exclure) en ligne, j’achète et je visionne.

    3) Franchement, je ne vois pas où est le problème, le divertissent est (cinéma, musique, publication de livres) est dominé par des très grand groupes (universale, hachette, …) industriels (voir la définition de l’industrie comme mode d’organisation de la production). C’est le _public_ qui fait d’une objet de divertissement une œuvre culturelle (en en faisant une référence commune à un groupe de personnes).

    en résumé l’œuvre peut être produite artisanalement (càd sans division rationnelle du travail) ou industriellement (avec une division rationnelle du travail) cela ne préjuge pas du caractère/niveau/qualité « culturel » de l’œuvre. Cela s’acquiert via la résonance et les liens que son public développe avec et grâce à elle.

    J’ai enfin une question la ligne « intervention de l’état » prend-t-elle en compte les diverses « contributions » non-fiscales (copie privée, redevances diverses, aides des collectivités) que le public n’a pas le choix de verser (via des dispositifs forts complexes et obscurs) à ceux des créateurs qui ont la chance de les percevoir ?

    merci de m’avoir lu jusque ici (ou pas) et bonne année quand même.

    PS.
    Puisque nous évoquons wikipédia, ne serait il pas juste que les auteurs des articles (ou plus simplement leur association) perçoivent une part de la contribution copie privée perçue sur leur travaux – textes et photographies – lorsque ceux ci sont imprimés/copiés/sauvegardés/utilisés sur le territoire français ?

    • Pascal Rogard dit :

      Ne pas connaitre Ariane Mouchkine dont le père Alexandre etait un grand prosucteur de cinéma est excusable mais vous devez ne pas être un spécialiste du théâtre.
      Pour les aides publiques territoriales et nationales ,elles sont toutes décomptées dans l’étude culture/minefi
      La copie privée n’est pas décomptée car ce n’est pas une taxe mais une rémunération de droit d’auteur et de droit voisin.
      Pour les contributios wikipédia je ne pense pas qu’elles entrent dans le périmètre des oeuvres protégées
      Bonne année 2014

  2. LucienVéran dit :

    Secteur, industrie et oxymore.

    Cher Pascal, lorsque vous utilisez le terme « secteur culturel » vous penchez aussi vers le langage technocratique qui vous irrite lorsque certains parlent d’industrie.

    L’expression est utilisée par les méchants économistes en excluant en principe le spectacle vivant qui prend cependant parfois une dimension quasi industrielle (répétition, normalisation, contrôle strict..) sur Broadway ou lors des tournées du cirque du soleil ou d’age tendre et têtes de bois.

    Notons aussi (une fois de plus) que l’étude citée inclue tous les médias et donc les revenus de la TV réalité, de la « scripted reality » (sacré oxymore)et des spectacles sportifs par exemple.

    Mais vive la culture et bonne année à la SACD.

    Lucien Véran. Aix Marseille Université

    • Pascal Rogard dit :

      je sens votre rigueur d’economiste c’est pourquoi je serai très intéressé par votre point de vue sur toutes ces études .
      J’ ai effectivement utilisé le motsecteur car je n’ai encore rien trouvé de mieux mais je vais chercher.
      Très belle année 2014

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