Stratégie France 2030: la culture au rendez vous

13 octobre 2021 par - Weblog

©Gaumont

Dans son discours de présentation de la stratégie France 2030, le Président de la République  Emmanuel Macron n’a pas oublié la culture puisque l’un des objectifs fixés vise à « Placer la France à nouveau en tête de la production des contenus culturels et créatifs. » La sémantique est importante et l’emploi du terme « contenus » n’est évidemment pas très heureux quand le terme « œuvres » est disponible et à portée de main mais, arrêtons-nous cette fois sur l’ambition et les perspectives, en particulier sur la formation qui se voit offrir un chèque de 100 millions d’euros.

Ce n’est pas à la SACD qui est un partenaire fidèle et régulier de la FEMIS, du CEEA ou encore de la Ciné-Fabrique à Lyon créée à l'initiative du réalisateur Claude Mourieras que l’idée de renforcer les moyens dont disposent les organismes de formation déplait.

Au contraire, dans un monde audiovisuel et cinématographique en pleine ébullition, ne pas enrichir la politique de formation des talents serait une lourde erreur qui se paierait collectivement très cher.

Tout plaide pour un engagement accru dans la formation : l’investissement important à venir des plateformes dans la création, l’émergence de nouveaux métiers, l’évolution rapide de l’organisation du travail de création, la multiplication des collaborations, une porosité de plus en plus grande entre audiovisuel et cinéma…

Investir sur la formation, c’est investir sur l’avenir. Mais, cela ne doit pas se faire à n’importe quelle condition, sans se soucier de la philosophie qui doit la soutenir ou sans s’interroger sur ses modalités de déploiement.

Il faut d’emblée renoncer à l’idée de faire émerger de nouvelles écoles ou de nouveaux instituts sortis de nulle part, qui généreront des coûts de structure très importants sans pouvoir apporter de garanties éducatives toujours sérieuses. La France a la chance de pouvoir compter des organismes qui ont pignon sur rue, en fiction et en cinéma comme en animation, dont l’excellence est déjà reconnue et qui ont fait déjà des efforts ces dernières années pour s’adapter à un univers qui bouge. Ce nouveau plan doit leur offrir l’opportunité d’étendre leurs offres, soit à travers de nouvelles implantations comme cela sera le cas pour la Ciné-Fabrique qui ouvrira, comme le Président l’avait déjà annoncé, un établissement à Marseille, soit en élargissant leurs offres de formations pour accueillir davantage d’étudiants et d’étudiantes.

Pour quel objectif ? Le renforcement de la formation globale des talents doit avoir pour corollaire une plus grande diversité des parcours, des profils et des origines. C’est indispensable pour construire de nouveaux imaginaires, parler à l’ensemble des publics et raconter de nouvelles histoires.

Si former des nouveaux talents est une priorité, la formation continue doit aussi trouver toute sa place dans ce plan. Les auteurs confirmés ou qui ont déjà eu des expériences de création doivent aussi pouvoir bénéficier d’offres de formations. Profitons-en d’ailleurs pour tordre le cou à quelques vérités doctement établies et qui sont reprises à longueur de colloques. Le sempiternel « il n’y a pas assez de scénaristes » ou « nous manquons de talents formés », qui rythme la vie de bien des débats, n’est sans doute pas aussi juste ou absolu que ses promoteurs veulent bien le laisser penser et est souvent désagréable pour nombre d’auteurs qui ne sont pas dépourvus de talents mais qui peinent à trouver des collaborations.

L’étude faite pour la SACD par Maxime Besenval, sociologue du Centre de Sociologie des organisations, sur les conditions de travail des scénaristes français de l’animation (https://www.sacd.fr/etude-sur-les-conditions-de-travail-des-scenaristes-francais-de-lanimation-le-rapport-complet ) le montrait très bien : une forte concentration du travail, une insertion longue et très difficile, une précarisation qui oblige les auteurs à choisir d’autres voies, un réseau de connaissances qui est un facteur essentiel d’opportunités professionnelles et a contrario, joue en défaveur de ceux qui n’en sont pas pourvus.

L’urgence n’est pas d’opposer les jeunes auteurs aux vieux auteurs, ni les novices contre les confirmés. C’est en même temps être en capacité de former de nouveaux talents et de donner à ceux qui ont déjà un parcours de création les moyens de se renouveler et d’enrichir leurs compétences pour trouver leur place.

Enfin, ouvrir le chantier de la formation, initiale comme continue, sans se poser la question de l’attractivité économique de ces métiers de création.

C’est finalement se donner comme horizon celui des patrons de bars et de restaurants : faute de proposer des conditions de travail et de rémunération attrayantes, ils sont aujourd’hui en réduction d'activité faute de ne plus trouver de main d’œuvre acceptant ces conditions.

C’est aussi un avertissement pour l’ensemble de la production audiovisuelle et cinématographique pour laquelle revaloriser maintenant les rémunérations des auteurs lors de la phase de la création, éviter les délais de paiement à rallonge et garantir un meilleur partage de la valeur créée devrait être une sage résolution.

Cela implique un encadrement des contrats individuels fortement encouragé par le gouvernement mais rendu difficile par l'incapacité de syndicats de producteurs aptes à défendre leurs intérêts catégoriels, mais incapables d'assumer leur rôle social

Cette nouvelle donne sur la formation des auteurs, et les réflexions qu’elle engendre sur l’attractivité du métier, apporteront sans doute, dans les négociations sur les pratiques contractuelles entre auteurs et producteurs dans l’audiovisuel et le cinéma, du grain à moudre avant, espérons-le, de mettre du beurre dans les épinards de nos talents à qui on le doit bien.

Commentaires (2)

 

  1. Vanetti dit :

    Cher Pascal
    Pascal,

    Merci pour cette analyse pleine d’un bon sens que l’on souhaiterai plus largement partagé!

    A propos de la formation continue, la catastrophe de la réforme nationale voulue par le Président de la République et exécutée au pas de charge, sans concertation ni analyse des avancées de la réforme précédente, ne permet plus d’offrir les formations dont les auteurs déjà en activité ont besoin. Les appels d’offres qui favorisent les propositions les moins disantes (les moins chères en coût horaire ) en plus de la baisse régulière des montants de prise en charge des auteurs ne sont pas adaptés à l’écriture et encore moins à l’écriture de série… .
    A cela s’ajoute les contraintes permanentes et couteuses des nouvelles démarches qualité et leurs audits réguliers (à notre charge) qui nous obligent à gérer des banques de données pour justifier de notre sérieux et être autorisés à poursuivre nos activité, plutôt que de se concentrer sur l’évolution des besoins…
    Cette réforme fait place nette sur le marché pour les grosses structures et les groupes aux objectifs uniquement lucratifs, armés de personnel technique et de qualiticiens et qui ne vont au final n’enseigner aux auteurs le calibrage, le formatage, ennemis jurés de la création.
    C’est donc aussi aux producteurs de s’emparer de ce dossier et de financer fortement la formation pro en fonction de leurs réels besoins pour enfin sortir de cette impasse et pour que la formation ne soit plus le maillon faible de la fiction en France comme cela a été exprimé à La Rochelle lors du Grand Débat SACD.

    Patrick Vanettindirecteur du CEEA

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