Que les idiots lèvent le doigt

6 juillet 2009 par - audiovisuel

L'accord conclu aujourd'hui entre opérateurs et plusieurs organisations  du cinéma ne restera pas dans les annales de la réforme.

Devant l'incapacité des professionnels à réajuster la chronologie des médias en fonction de l'évolution des technologies de communication des films et en vue d'assurer un véritable développement de l'offre légale numérique , les Parlementaires unanimes avaient tranché dans le vif et abaissé à 4 mois avec possibilité de dérogations à 3 mois le délai de diffusion des films édités sur support DVD ou disponibles sur les services de vidéo à la demande.

L'accord  censé mettre en musique la volonté du Parlement sonne le glas des espérances de ceux qui pensaient que le CNC et le ministère de la culture et de la communication étaient capable de conjuguer défense de la création et modernité.

Le fil directeur qui a guidé les inspirateurs de cette antiquité est au contraire la ferme volonté de repousser le plus loin possible dans la chronologie les services délivrés par Internet n'ayant pas fait l'objet d'une régulation législative.

C'est ainsi que les films diffusés par des services de VAD par abonnement devront avoir été exploités en salles depuis plus de 3 ans , délai porté à 4 ans pour la VAD gratuite.

La politique de répression pénale qui suite à la décision du conseil constitutionnel caractérise la loi "création et internet" Saison 2 s'applique aussi pleinement à ces services qui se verront appliquer une rigoureuse interdiction de séjour, faisant fi du principe de neutralité technologique et envoyer directement à Fleury Mérogis pour apprendre certaines règles de savoir vivre.

La condition de dérogation aux délai de 4 mois mérite aussi d'être portée à la connaissance du public puisque cet avantage  ne s'appliquera qu'aux films ayant réalisé moins de 200 entrées en salles en quatrième semaine d'exploitation.

A croire que l'on a confondu, rue de Lubeck, la France pays de 65 millions d'habitants avec l'Islande.

Tout aussi surréaliste est l'interdiction pour la vidéo physique et la VAD de faire la promotion de leurs offres plus d'une semaine avant l'ouverture de leur fenêtre d'exploitation.

Les seuls Islandais à ne pas avoir perdu le Nord ce sont les exploitants de salles qui n'étant soumis à aucune obligation même celle de rédiger des contrats écrits, affirment désormais haut et fort que leur signature avait un prix et qu'elle a " été rendue possible par la garantie donnée par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et Véronique Cayla, directrice générale du Centre national de la cinématographie (CNC) pour que soient étudiées des mesures de rééquilibrage économique en faveur du secteur de l'exploitation."

Que les idiots qui ont signé sans obtenir de la menue monnaie lèvent le doigt.

Commentaires (12)

 

  1. Omega Red dit :

    Ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah

    Franchement pour une fois je suis d’accord avec vous JAMAIS je paierais pour voir des films qui sont mort commercialement déjà des films vieux de 1 an il aurait fallu me convaincre là c’est sans moi. Non sans blague pour lutter contre les téléchargements ils ont rien trouvés de mieux que vouloir nous faire payer 6€ pour voir des films qui seront passés en salle+location+Canal+TF1/M6+TMC/W9 et qui sera achetable pour moins de 1€ neuf sur le net. Ils ont inventés pour internet l’anti Canal+ c’est payant et y aura que du réchauffé. Et pendant ce temps aux USA ils feront des progrès contre les téléchargements illégaux avec de vrais innovation comme Epix (donc ici des films vieux de 1 an pas 3), et Hollywood si vous lisez ces mots ne passer plus par vos intermédiaires Français signer directement avec les FAI, on aura enfin une chronologie des médias qui veut dire quelque chose.

  2. Guillaume dit :

    J’ai très peur de la dernière phrase « des mesures de rééquilibrage économique en faveur du secteur de l’exploitation ». Ca veut dire quoi ça ?
    Que 9,60€ (Tarif normal Gaumont et Pathé à Rouen) ce n’est pas encore assez cher ?????

  3. mr_freeze dit :

    Je suis plutôt d’accord avec vous. Imposer de tels délais et de telles restrictions avant les sorties en VOD est le meilleur moyen:
    – de ne PAS s’adapter à l’ère du numérique.
    – de ne PAS développer l’offre légale.
    – de ne PAS détourner nombre d’internautes du piratage.

  4. ikariya dit :

    « La politique de répression pénale qui suite à la décision du conseil constitutionnel caractérise la loi “création et internet” Saison 2 s’applique aussi pleinement à ces services qui se verront appliquer une rigoureuse interdiction de séjour, faisant fi du principe de neutralité technologique et envoyer directement à Fleury Mérogis pour apprendre certaines règles de savoir vivre. »

    j’ai cru m’étrangler de rire en lisant ça !

    Depuis des mois que vous défendez becs et ongles les industriels du cinéma contre les internautes ! Et tout ça pour ça !

    Si on lit bien entre les lignes on sent bien ici que ce texte couplé au fiasco de l’hadopi torpille irrémédiablement les offres de type Hulu qui semblent pourtant constituer l’avenir, et pour le moins, conviennent aux utilisateurs si on en croit le succes de ce site.

    Je me souviens que quelqu’un ici même se demandait si vous n’étiez pas manipulé dans cette lutte pour le controle de la diffusion … et visiblement c’est le cas puisque une fois la loi promulguée avec votre soutien, les industriels cloisonnent encore un peu plus leur marché au lieu de proposer des offres innovantes. Exactement ce qu’on se tue a vous expliquer depuis des mois.

    Dans cette histoire les auteurs ne gagneront strictement rien, au contraire, on voit bien que ces accords favorisent les sytèmes en place.

  5. didier dit :

    Bonne analyse, en ne permettant pas une offre légale attractive pour le consommateur le gouvernement contredit toutes ses précédentes déclarations sur l’objectif supposé d’HADOPI et perd le peu de crédibilité qu’il lui restait dans ce dossier.

  6. Omega Red dit :

    @Guillaume
    >
    pour que les cinémas s’y retrouvent ils pourraient simplement baisser le montant de l’avance sur recette et donc sans augmenter les prix. Mais…
    >
    Chez moi les cinémas du coin on tous depuis le 1er juillet augmentés d’au minimum 0.30€ (9.9€ la séance, 17€ l’abonnement puis la séance à 5.5€, 7€ le tarif 11h) donc j’espère que les tarifs n’augmenteront plus pour un loooooooooong moment car c’est maintenant vraiment devenu un loisir très cher.

  7. Pascal Rogard dit :

    Les mesures de rééquilibrage économiques concernant l’exploitation ne concernent pas les consommateurs. Il s’agit sans doute de la vieille demande des explotants de baisser le taux de location des films et donc de reverser sur le prix du billet une part moindre à la création.
    Je n’ai pas l’impression d’être manipulé mais il est vrai que je dois constater que la frilosité à l’égard d’Internet l’a emporté sur l’ambition de proposer aux public des offres attractives.

  8. ikariya dit :

    « je dois constater que la frilosité à l’égard d’Internet l’a emporté sur l’ambition de proposer aux public des offres attractives »

    C’est malheureusement ce qu’on vous prédisait depuis le départ mais à force de vous focaliser sur l’internaute lambda vous vous êtes fait avoir par ceux que vous croyiez vos alliés.

    Au moins ça a le mérite de vous faire dire qu’il n’y a pas d’offre attractive pour le public, sans doute après ça finirez vous par admettre que devant cet état de fait, le public a fait ce qu’il a pu avec ses moyens pour combler ce vide et que la faute en revient avant tout aux professionnels qui refusent d’évoluer quitte à bafouer la constitution pour ça !

  9. mr_freeze dit :

    « Je n’ai pas l’impression d’être manipulé mais il est vrai que je dois constater que la frilosité à l’égard d’Internet l’a emporté sur l’ambition de proposer aux public des offres attractives. »
    .
    Je peux me tromper, mais lors des débats sur la loi « Création & Internet », n’y avait-il pas une promesse de la part des ayants-droits de proposer au public des offres internet attractives?
    .
    Donc de deux choses l’une:
    – Soit ces belles promesses étaient un gros pipeau et heuresement alors que le Conseil Constitutionel a torpillé le projet de loi. Sinon, le public serait encore le dindon de la farce.
    – Soit c’est une décision de rétorsion et de pression de la part des ayants-droits suite à la décision du Conseil Constitutionel. Ce qui en dit long alors sur la haute estime que ces personnes ont de nos institutions républicaines par rapport à leur pré-carré.

  10. Guillaume dit :

    @Omega Reed : à près de 10€ la séance, le calcul est vite fait : 40€ pour une famille de 4 personnes pour occuper 2h de temps, soit 20€ de l’heure de cinéma…
    Le SMIC horaire net est à 6,95€ … ouch !
    Il faut donc que notre salarié travaille 6 heures pour offrir 2h de bonheur à sa famille …
    … mais bêtement je pense qu’il préfèrera les faire manger !

  11. ikariya dit :

    Les industriels poursuivent dans leur erreur et Guillaume inique fort justement la dérive des coûts du cinéma en particulier vis à vis de la valeur de celui-ci aux yeux du public qui a baissé à cause du partage gratuit.

    Au lieu de proposer quelque chose de légal et d’attractif avec un mode de financement alternatif qui détournerait les gens du partage ils continuent à cloisonner le marché en espérant que ça pourra continuer encore quelques années.

    Résultat des courses, cette frilosité que vous évoquez, continuera a pousser les gens à s’approvisionner illégalement, et gratuitement, augmentant encore le sentiment que le prix du cinéma, de la VOD et des DVD est bcp trop élevé. On entre dans un cercle vicieux !

  12. Guillaume dit :

    @ikariya : Je ne suis pas sur que la valeur du cinéma a baissé aux yeux du public à cause de l’obtention illégale d’oeuvres cinématographiques. Pour les gens « aller voir un film » reste une sortie, c’est bien différent de regarder le même film sur un écran de TV ou d’ordinateur.
    Mais il y a bien une dérive des coûts qui a déjà commencé je pense à limiter la fréquentation des salles.
    Certes les derniers chiffres étaient bons (merci Mr Boon…), mais combien de places plein tarif sont réellement vendues ? Dans les chiffres de fréquentation, il y a beaucoup de tarifs réduits, étudiants, CE ou d’abonnements et les différents évènements à tarifs promotionnels (Fête du cinéma, Printemps du cinéma).
    .
    Ce phénomène va s’amplifier quand le prix des entrées aura passé le seuil psychologique des 10€… Ce qui ne devrait plus tarder.
    .
    Cela dit, je suis d’accord sur le reste de ton commentaire.
    – Puisque les places de cinéma sont vendus à des tarifs prohibitifs
    – Puisqu’il n’y a que peu d’offres légales de VOD et que de toutes façons leurs tarifs sont également prohibitifs
    – Puisque tout le monde n’a pas envie d’acheter un DVD pour voir le film une seule fois…
    Il ne reste pas 36 solutions… C’est bien triste…
    .
    Plus l’industrie cinématographique considèrera les internautes comme de vils voleurs, plus les internautes se désintéresseront des offres légales et les frêles menaces Hadopiennes ne vont rien changer à la donne… puisque de toutes façons coupables ou innocents, nous serons tous coupables.
    Avec l’IP spoofing, les fausses IP sur les réseaux P2P, les troyens, le hack wifi, tous les innocents peuvent être accusés sans pouvoir prouver leur innocence…
    Mais c’est un autre débat.

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