Le ras le bol de la culture vivante

18 février 2021 par - Cinéma, spectacle vivant

Soyons rassurés, le gouvernement ne songera pas à fermer les supermarchés ou à restreindre les voyages en train. Et pourtant, il y a aujourd’hui deux fois moins de risques qu’une personne atteinte du Covid-19 en infecte une autre dans un lieu de culture vivante que dans un supermarché et trois fois moins que si elle effectue un voyage en train. C’est le résultat sans appel que nous a livré la nouvelle étude scientifique allemande pour l’Institut Hermann-Rietschel (Université technique de Berlin) (https://www.olyrix.com/articles/actu-des-operas/4628/theatres-operas-et-musees-sont-les-lieux-publics-les-moins-dangereux-les-edifiantes-conclusions-dune-nouvelle-etude-scientifique-allemagne-berlin-universite-technique-aerosols-covid-19-coronavirus-institut-rietschel-martin-kriegel-anne-hartmann). Disons-le tout net, elle nous plonge dans un océan qui est à la fois d’abattement et de colère.

 

Ces chiffres n’étonneront évidemment pas ceux qui ont déjà scruté les publications scientifiques des dernières semaines. Toutes allaient dans le sens d’un moindre danger de contamination dans les lieux culturels. C’était le cas de l’étude ComCor de l’Institut Pasteur mais aussi du Conseil scientifique, qui n’est pas réputé pour abriter de dangereux irresponsables.

Dès le 26 octobre, il soulignait : « Dans les représentations théâtrales, ou les cinémas, le risque de transmission est plus faible car un protocole sanitaire stricte peut être appliqué, les spectateurs sont en grande partie silencieux, et la probabilité d’enlever le masque est plus faible. »

Même le ministère de la Santé avait dû le reconnaitre devant le Conseil d’Etat quand la SACD, avec d’autres organisations du cinéma et du spectacle vivant, avait contesté la fermeture des lieux culturels en décembre dernier.

Malheureusement, on peut craindre, une fois encore, que la pertinence et la force de cette nouvelle étude n’entameront pas les certitudes de nos dirigeants ni ne les détournera du chemin de la fermeture des lieux de culture. Devenu le symbole d’une autorité incontestable et d’une action vigoureuse pour lutter contre la circulation du virus, les portes closes de nos cinéma et de nos théâtres risquent fort de le rester, devant même l’empilement des études qui confirment la non-dangerosité de leur fréquentation.

Ce mépris des vérités scientifiques qui s’accumulent pourtant en masque un autre, celui qui est finalement réservé au monde culturel, qui subit, qui souffre et qui a pris ses responsabilités et a déployé tous ses efforts pour proposer les protocoles sanitaires les plus exigeants. Ces professionnels et ces créateurs n’ont que faire des discours de compassion et d’empathie qui ont envahi l’espace public et politique. Ils veulent jouer, travailler, se produire dans des lieux où toutes les études scientifiques indiquent que le risque de contamination peut être contrôlé et minimisé. Beaucoup de responsables politiques s'alarment aussi de cet abandon et prônent publiquement la réouverture

Un vent nouveau souffle manifestement de l’Est. Avec cette étude limpide et incontestable. Mais aussi avec l’action intelligente engagée par le gouvernement belge pour venir en aide et en soutien des auteurs de spectacle vivant, qui sont ceux, en Belgique comme en France, qui sont aujourd’hui les plus dramatiquement touchés par les effets de la crise.

Le cabinet du Vice-Premier ministre belge, ministre de l’Economie, vient en effet d’adopter une mesure simple et efficace : la prise en charge par l’Etat d’au moins 1/3 de la diminution des recettes liées aux droits d’auteur en 2020. Les sociétés de gestion – dont la SACD en Belgique -  dont les ayants droit sont des auteurs domiciliés en Belgique fortement impactés seront chargées de verser à leurs ayants droit directs un montant correspondant à la perte de revenu en 2020, à partir d’une période de référence calculée sur les 3 dernières années.

On se demande bien ce qu’on attend en France pour que le même soutien soit mis en œuvre au profit des auteurs car nous avons affaire à : une mesure ciblée vers les auteurs les plus impactés des secteurs les plus directement touchés ; une mesure juste qui prend pour base la perte des droits d’auteurs en gestion collective qui, dans le secteur du spectacle vivant, est souvent la part essentielle et parfois même exclusive des ressources des auteurs ; une mesure facilement chiffrable car les pertes des revenus de droit d’auteur perçus par les organismes de gestion collective sont d’ores et déjà connues (pour la SACD, cela a représenté 30 millions d’€ pour les recettes du spectacle vivant en 2020) ; une mesure  efficace car la gestion collective saura répartir rapidement et précisément l’allocation de ces soutiens.

On se le demande d’autant plus que depuis le second confinement et la fermeture des lieux de spectacle en octobre 2020, aucune nouvelle mesure de soutien aux auteurs n’a été annoncée. Aucune.

La compassion pourquoi pas... mais ce que les créateurs attendent c'est de l'action.

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