La nouvelle donne audiovisuelle

28 mai 2021 par - audiovisuel

 

©Paramount

Pour ceux qui n’auraient pas encore compris que nous sommes entrés dans un nouveau monde audiovisuel, l’actualité est venue rafraichir les esprits trop dissipés.

La fusion annoncée de Warner Media avec Discovery pour créer un nouveau géant des médias s’est accompagnée de chiffres qui ont de quoi faire tourner les têtes : un objectif de 400 millions d’abonnés dans le monde, un « budget dédié aux contenus qui commencera à 20 milliards de € mais nous voulons investir plus » selon le PDG de Discovery.

Pendant ce temps, Amazon a procédé à l’acquisition des studios MGM pour la modique somme de 8,45 millions de €, mettant ainsi la main sur plus de 4000 films et 17000 épisodes de séries !

Si les chiffres sont moins ronflants, ce n’est pour autant pas le calme plat dans la France audiovisuelle.

Bien au contraire, et ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour la création, à commencer par le projet de rachat du groupe M6 par TF1 dont la direction sera confié au plus expérimenté dirigeant de l'audiovisuel français Nicolas de Tavernost.

La création d’un groupe commercial puissant, capable de recréer de la valeur publicitaire, a du sens dans un univers dont il faut espérer que l’Autorité de la Concurrence saura saisir toute la nouveauté et l'intérêt pour un développement cohérent de l'audiovisuel français.

Réfléchir sur le seul périmètre de la publicité télévisée semble aujourd’hui dépassé, alors que les concurrences qui se sont établies proviennent non seulement des services de vidéo à la demande, dont l’attractivité auprès des téléspectateurs comme des talents pourrait avoir des retombées négatives pour l’audience de ces mêmes chaines commerciales.

Mais, ce sont également les concurrents dans la conquête des recettes publicitaires qui ont changé d’identité.

Dans une logique de diversification publicitaire et de complémentarité entre les supports, les annonceurs ont eu tendance à substituer au média audiovisuel le média Internet.

Avec des acteurs de l’Internet qui ont taillé de sérieuses croupières aux groupes audiovisuels sur la publicité mais aussi un paysage audiovisuel dans lequel la priorité politique a été, au début de la TNT, de renforcer le pluralisme ou plutôt l’éparpillement, des opérateurs, la conséquence a été directe : le ralentissement de la croissance des groupes audiovisuels dont l’investissement dans la création est majeur au profit d’opérateurs qui ne recyclent pas, ou dans une proportion moindre, leurs chiffres d’affaires dans la création.

La publication du bilan de la production audiovisuelle aidée du CNC l'a encore rappelé : les chaînes de la TNT représentent 44% du marché publicitaire, 31% de l’audience et …3% et oui 3 % des apports dans la production audiovisuelle aidée.

Cela se passe de commentaires, et l'on doit en conclure que le "Small is beautiful", très prisé dans notre pays, c’est au final révélé être un piège pour la création.

Et pour être charitable avec les promoteurs de la multiplication des chaînes passons sur l'épisode lamentable de la chaîne N°23 qui a offert aux tatoués américain un espace d'expression imprévu et n'a respecté aucun de ses engagements en faveur de la diversité.

Bref, l’émergence d’un ensemble TF1-M6 aurait tout pour recréer un acteur privé mieux armé pour affronter les nouveaux contours de l’offre audiovisuelle et renforcer son attractivité publicitaire. La création audiovisuelle et cinématographique pourrait y gagner en financement, grâce au chiffre d’affaires du nouveau groupe qu’on peut imaginer en progression.

Il faudra naturellement s’assurer qu’elle bénéficie du maintien d’une forte diversité dans les lignes éditoriales et d’engagements renouvelés à l’égard des créateurs pour que  la concentration ne soit synonyme ni d’uniformisation ni de déceptions sur leurs rémunérations.

Cette consolidation du pôle privé français doit nécessairement avoir un corollaire pour créer de l’équilibre : le renforcement du service public de l’audiovisuel.

Dans ce contexte, et après avoir lutté pendant 3 ans pour sauver France 4, il ne faut pas bouder notre plaisir face à l’annonce par le Président de la République de maintenir cette chaîne dédiée en journée à la jeunesse et en soirée à la culture.

La mobilisation unanime des parlementaires, des élus locaux, des défenseurs des droits de l’enfant, des professionnels a compté, tout comme l’écoute attentive du Premier ministre et de la ministre de la culture face à un projet qui pouvait remettre en cause l’accès gratuit et égal de tous les territoires et de tous les enfants aux programmes du service public.  Il est rare qu’un tel consensus se dégage, il est heureux qu’il ait été enfin entendu même si ce sauvetage doit beaucoup à la crise sanitaire.

Désormais, le maintien d’une fréquence hertzienne, s’adressant aux enfants, priorité, à juste titre, de Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions, et mettant en valeur la culture, sous toutes ses formes, doit être le signal d’un renforcement du service public.

On ne pourra pas encore longtemps faire l’économie d’une réflexion sur les développements à encourager pour l’audiovisuel public aussi sur les moyens affectés à un service public qui bénéficie aujourd’hui d’une redevance qui n’a pas été modernisée et de ressources publicitaires dont l’accès a été régulièrement compliqué et amputé. En particulier autoriser la publicité avant 21H est une nécessité.

Partant du principe que pour marcher vite et droit, il est mieux de pouvoir compter sur ses deux jambes, on doit désormais considérer que la cohabitation d’un secteur privé fort et d’un audiovisuel public conforté sont la meilleure garantie pour le paysage audiovisuel comme pour la création de pouvoir rester debout et en forme ! »

 

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