La culture, un atout majeur de la France

14 octobre 2026 par - audiovisuel, Cinéma, diversité culturelle, Weblog

©Wildbunchdistribution

À 6 mois de l'élection présidentielle, la culture est absente de ce début de campagne, reléguée au rang de variable d'ajustement budgétaire ou de sujet de niche pour milieux avertis.

C'est une erreur stratégique car, avec la culture, la France dispose d'un secteur qui incarne à la fois la réindustrialisation, la souveraineté numérique et la cohésion nationale.

Commençons par un constat trop rarement assumé, par pudeur ou par réflexe d'humilité mal placé : la France a inventé ou codifié des pans entiers de la culture mondiale.

Le cinéma est né ici à Lyon ville des frères Lumière.

Le droit d'auteur, tel qu'il structure aujourd'hui la création dans le monde entier, est une invention française, merci Beaumarchais également à l'origine de la création il y a presque 250 ans de la SACD, tandis que le roman moderne, la chanson populaire, la peinture, l'architecture,  la musique électronique... portent indubitablement notre empreinte.

Cette réalité n’est pas un vestige du passé.

Notre vitalité créatrice d'aujourd'hui, de la musique au jeu vidéo, de l’animation à la bande dessinée en passant par le cinéma, le théâtre, la danse  le cirque ou la mode, est la preuve vivante que ce déclin annoncé n'a pas eu lieu.

Ce rayonnement, dans le monde comme dans nos territoires, n'est pas un hasard.

Il doit certes beaucoup aux multiples talent dont notre pays peut s'enorgueillir mais il est aussi le produit d'institutions et de politiques que nous avons construites patiemment depuis des décennies : le CNC, le service public audiovisuel, le droit d'auteur, les réseaux de diffusion culturelle, les politiques de soutien à la création.

On admire volontiers les œuvres françaises mais on mesure trop peu la pertinence de ce qui les rend possibles.

On mesure aussi trop peu leur fragilité.

A l’heure où ces pans entiers sont en voie de déstabilisation, menacé par des extrêmes qui ont fait d’une forme de guerre à la culture un marqueur politique et par un gouvernement qui n’en mesure plus la nécessité stratégique, qui se tait et qui, après avoir dépensé sans compter cherche des économies partout, il faut le redire avec force : affaiblir ces institutions serait aussi absurde que de démanteler l'école ou la diplomatie. Sans elles, la force dont nous nous targuons s'effondrerait en moins d’une génération.

Pendant que les usines ferment et que les données s'exportent vers des serveurs qui échappent à notre territoire, la création française reste, elle, profondément ancrée.

C'est un argument de souveraineté qui devrait parler à tout le monde : aux classes populaires inquiètes de la désindustrialisation comme aux élites soucieuses de rayonnement international.

Dans un pays qui cherche désespérément des relais de croissance et de fierté nationale, en voici un que nous possédons déjà… à condition de ne pas le laisser filer.

Car cette souveraineté se joue aussi ailleurs : dans le récit lui-même.

Face aux plateformes et aux intelligences artificielles génératives et agentiques américaines et chinoises, l'enjeu n'est pas moral.

Il est identitaire et stratégique.

Il faut être aveugle pour ne pas voir que ces outils conditionnent l’accès et la visibilité des œuvres, façonnent progressivement les goûts, les imaginaires et les récits de toute une génération, selon des logiques pensées ailleurs, en Californie ou à Shenzhen.

Dans ce contexte, défendre son financement et sa diffusion n’a rien à voir avec la défense d’une corporation ou d’un secteur même si le discours des corporations est devenu inaudible : c'est garantir le droit des Français à continuer de se raconter eux-mêmes, plutôt que d'être racontés par des algorithmes qu'ils n'ont pas choisis.

C’est aussi un enjeu pour notre démocratie qui ne vit pas seulement d'institutions et d'élections.

Elle se nourrit de récits partagés et de références communes, d'émotions collectives et d'un espace où l'on peut encore se rencontrer et se contredire.

Dans une société fragmentée par les réseaux sociaux et les logiques algorithmiques, la culture, que ce soit les salles de spectacle, les cinémas, les bibliothèques, l'audiovisuel public, reste l'un des derniers lieux où cela est encore possible.

Les œuvres et le temps d'attention qui leur est consacré sont un remède contre la désagrégation.

Soutenir la création ne se réduit pas à subventionner un loisir mais bien plus à investir dans la cohésion démocratique du pays.

Saisir cette réalité exige un changement de regard.

Il est temps de cesser de présenter la culture comme une charge que l'on rogne dès que les caisses se tendent, et commencer à la présenter comme ce qu'elle est réellement : une industrie de prestige, un gisement de souveraineté, un antidote au déclinisme, un ciment démocratique.

Les candidats qui sauront porter ce récit auront une arme que leurs adversaires n'auront pas : la preuve, tangible et quotidienne, que la France reste une nation qui invente, qui raconte et qui rayonne.

Ceux qui continueront de traiter la culture comme une variable d'ajustement laisseront ce terrain de la fierté nationale à ceux qui n'ont, eux, que la nostalgie et le déclin à offrir.

Laisser un commentaire