Privatiser l’audiovisuel public : une drôle d’idée pour qui prétend défendre la France
7 octobre 2026 par Pascal Rogard - audiovisuel
Il est difficile d'imaginer proposition plus anti-française que celle qui consiste à affaiblir simultanément notre culture, notre création, nos médias et notre souveraineté au moment même où ils devraient être renforcés.
Et pourtant, c’est le tour de force qu’a réussi Marine Le Pen en présentant hier son contre budget qui propose une large privatisation de l’audiovisuel public.
On serait presque tenté de dire Chapeau l’artiste de gommer ainsi d’un trait de plume 92% de la dotation de l’audiovisuel public en cas de victoire à la présidentielle si ce n’était pas profondément triste pour notre pays.
Oui, c’est triste et, disons le, stupide car ce n’est rien comprendre ni de ce qu’est l’audiovisuel public français ni de l’économie de l’audiovisuel ni des enjeux actuels des acteurs français de l’audiovisuel.
L’audiovisuel public français, c’est quoi ? Ce sont les journaux d'information que des millions de Français regardent chaque jour, une forte exposition du sport, les retransmissions des Jeux olympiques, du Tour de France ou des commémorations nationales.
Ce sont les fictions, les documentaires historiques, les émissions culturelles, les concerts, le spectacle vivant, les programmes jeunesse.
Ce sont aussi des centaines de films, de séries, de documentaires et d'œuvres d'animation financés chaque année.
Ce sont des centaines d’auteurs et d’autrices qui travaillent, des milliers d’entreprises qui fabriquent ces programmes.
L'audiovisuel public est définitivement l'un des instruments par lesquels la France raconte son histoire, sa langue, sa culture et ses territoires.
Et il n’y aurait rien de plus urgent que de le démanteler quand on se prétend patriote ?
Le monde a changé et le Rassemblement National resté prisonnier de sa détestation du service public, n’a pas compris que le paysage audiovisuel mettait désormais aux prises des médias français, publics comme privés, avec les plateformes mondiales et des réseaux sociaux.
Face à cette réalité, un parti intelligent et responsable devrait se poser deux questions : comment renforcer l’audiovisuel public ? Comment donner les meilleurs chances aux groupes audiovisuels privés pour affronter la concurrence des plateformes ?
Face à cette réalité, la privatisation de l'audiovisuel public ressemble à une erreur de diagnostic et à une faute politique, économique et stratégique majeure, tant la destruction de l’audiovisuel public serait la pire des nouvelles pour les chaînes françaises privées.
Ce projet de privatisation a pour objectif de faire entrer brutalement les anciennes chaînes publiques dans la bataille publicitaire en les confiant à un ou plusieurs nouveaux concurrents sur un marché déjà fragilisé. Une étude réalisée pour le compte de l’ARCOM et de la DGMIC avait d’ailleurs anticipé un recul de 3 Mds€ aujourd’hui à 2,5 Mds € d’ici 2030 .
Il ne faut pas être grand clerc pour imaginer le résultat d’un mouvement de privatisation et de brutalisation du paysage audiovisuel et publicitaire : moins de recettes pour tout le monde, moins de capacité d’investissement, moins de financement pour les œuvres, moins de moyens pour l’information et au bout du compte, un véritable cadeau pour les plateformes américaines au détriment de l’ensemble des acteurs français de l’audiovisuel.
On peut naturellement débattre de l'organisation, du financement ou même de la gouvernance de l'audiovisuel public. Une campagne présidentielle est justement faite pour cela. Mais vouloir privatiser purement et simplement l’audiovisuel public n'est ni un projet de modernisation ni un projet d'économie.
C'est un projet de renoncement et un projet anti-français.

